Première respiration

Auteur: Audrey Dahl

Cameroun, aéroport de Yaoundé, 21 mars 2011

On m’avait dit de ne pas paniquer en sortant de l’avion, que la chaleur africaine m’étoufferait, mais il n’en fût rien. Sortie de l’aéroport, je vis un ciel gris et lourd, un crépuscule émergent et venteux, mais surtout, je sentis une brise suffisante pour me donner l’énergie d’affronter les routes camerounaises. Parce que oui, il s’agissait d’un combat, un combat contre ma peur de l’automobile.

Le crépuscule se transforme drastiquement en noir rural et je monte à l’avant d’une Peugeot jaune, l’archétype du taxi, ce que je ne savais pas à ce moment, un ami de la famille m’étais-je dit naïvement. Réflexe de nord-américaine, je cherche en vain la ceinture qui aurait dû être attachée à la boucle. Je me rassure avec les paroles de mon père:  »Il y a plein d’accidents causés par la ceinture, moi, je m’attache pas. » Le pare-brise est à lui seul une mozaïque d’une artisane tarentule. Je touche à ce chef-d’oeuvre et sens du bout des doigts que les fissures traversent de bord en bord. On prend la route, la transmission rote, mais la vitesse est bonne, quelle est telle au juste? Le compteur ne compte plus. Les phares des voitures à contre-sens sont tout près, ce qui n’empêche pas notre taxi de dépasser dans la courbe. Des piétons marchent sur le bord de la route les bras tendus, notre rétroviseur les frôle. Des cratères d’une roue de big foot sont devant nous remplis d’eau, nos roues les traversent et j’en reçois quelques éclaboussures. Je me penche à droite ou à gauche c’est selon, comme si je pouvais aider notre taxi à ne pas entrer en collision avec les voitures en sens inverse, à frapper les motos que nous dépassons par la droite ou à heurter un piéton que le pare-brise brisé n’empêcherait pas d’atterir sur mes genoux. La fenêtre baissée, je respire l’exhaust, je vois tous ces gens qui me dévisagent, j’entends tous ces klaxons qui cadencent une danse folle que je ne comprends pas. Je respire Yaoundé et ne m’y reconnais pas.  Je respire Yaoundé et ne m’étouffe pas.