Avez-vous déjà cueilli une mangue d’un manguier? En fait, seriez-vous reconnaître un manguier? Un bananier? Un avocatier? Un anananatier? Ça existe? Qu’à cela ne tienne, j’entreprends dans ce billet et dans les prochains de remettre nos pendules botaniques à l’heure, à l’heure du Cameroun.
J’ai d’abord été surprise de voir que les mangues pendaient au bout de ce qui a l’air d’être une petite corde verte. Elles sont suspendues dans les hauteurs et difficilement atteignable sans échelle. J’ai encore été plus surprise de voir Mme Ngameni, une septuagénaire dont le pied gauche ne semble plus obéir, peler avec ses dents une mangue bien mûre et orange fluo. Mais, elle l’a pris où sa mangue? Nous étions dans la cours de l’église Saint-Joseph de Banga, construite par les Jésuites, il y a près de deux siècles. À ce qu’il paraît, des Canadiens y auraient par la suite créé un collège pour garçons, le Collège Saint-Jean. Un collège de langue française et catholique, j’en déduis que ces Canadiens devaient être plus précisément des Québécois sans doute en mission évangélique. Peu importe, ici, Canadiens ou Québécois, c’est du pareil au même, et on ne s’en plain pas, tant qu’on ne nous traitent pas de “Français qui détruisent la Côte-d’Ivoire”, ça nous va. Derrière les terres fleurissantes du diocèse Saint-Joseph se trouvaient les champs. Ah oui, nous étions dans la campagne camerounaise à plus de 300 km de Yaoundé pour assister à des funérailles. Les champs sont des hectares répartis entre divers propriétaires. Certains y font une agriculture de subsistance et selon la main-d’œuvre et l’étendu des terres, plusieurs en font du commerce. Il y pousse du manioc, du tarot, du pistache, du cacao, etc. Ce jour-là, à 38 degrés celsius plus humidex, j’y ai aperçu des femmes labourer la terre à coup de pioche, des enfants transporter des poches remplies de manioc d’au moins 30lbs sur leur tête et beaucoup de feu de broussaille qui réchauffaient encore plus l’atmosphère. Mme Ngameni, qui s’appelle en fait Grand-Maman, est une belle madame à la posture athlétique malgré son pied, et qui, quand on parle, nous répond avec un grand sourire: « Moi comprend pas. » Elle parle Bafang, l’une des 250 langues du Cameroun, mais arrive quand même à se faire comprendre en français. Elle m’a d’ailleurs invitée à ses propres funérailles. Elle m’a aussi expliqué comment elle transformait le manioc et ce qu’elle allait faire avec la quarantaine de cacaotiers qu’elle venait d’acheter. C’est pour ses champ, Grand-maman est une grande propriétaire terrienne et adore passer ses journée aux champs où elle y emploi plusieurs travailleurs. Malheureusement, depuis quelques temps, son pied ne lui permet plus d’emprunter quotidiennement les chemins cahoteux qui mènent à ses champs. Elle trouve quand même le moyen d’y aller de temps en temps en moto.
Je reviens aux mangues, c’est la saison, elles sont si bonnes! 2000 cfa (4$) pour un panier de mangues bargainées sur le bord de la route entre Loume et Banga. On peut les couper en tranches et les manger élégamment, mais rien ne vaut dévorer une mangue à la camerounaise : le meilleur c’est de sucer le noyau! Je vous explique la méthode: on lave la mangue avec du savon (sauf pour Grand-Maman, elle est faite forte), on arrache un bout de pelure avec les dents au sommet de la mangue. On circoncit la mangue avec les mains et on commence à déguster en croquant dans la chair. On garde le noyau pour la fin et on le nettoie bien avec les dents. Quel délice!
À Banga, la maison de Grand-Maman est a peine décorée, sur les murs de ciment quelques rubans poussiéreux y sont collés depuis au moins Noël 1995. Il y a aussi trois ou quatre portraits, dont un où on reconnaît Grand-Maman dans la quarantaine, souriante qui aborde d’un air fier un pied dans le plâtre. Combien vous pariez qu’elle s’est cassé le pied en sautant d’un manguier?

