*Clin d’oeil au documentaire de l’an passé, « Los paredes que hablan ».
Quelles frontières faut-il traverser avant de voir le paysage mural urbain se transformer en un véritable tableau de revendications sociales? Quel est le lieu de passage entre les tags et les slogans à saveur politique? Quelles douanes faut-il franchir?
Paredes blancas, ciudad muda (Murs blancs, ville muette)
Hier après-midi j’ai fait l’épicerie avec mon frère adoptif et sa femme. Ne lisant pas très bien les étiquettes présentes sur les différentes tablettes du super-marché, je me suis retrouvé à payer 5,00$ US pour une boîte de Q-tips et une barre de chocolat. J’aurais pu décider de laisser mes emplettes mais la vérité c’est que le prix m’a choqué parce que je suis en Équateur, un pays où le salaire minimum mensuel est de 250$ après impôt. Plus je parcourais les hallés et plus je me disais qu’une mère monoparentale ayant un enfant telle que l’aînée de la famille avec laquelle je réside doit difficilement joindre les deux bouts. La pâte dentifrice 2,50$…le sac de sucre 1,65$,…1lbs de bœuf hâché 3,50$…
Feu de brousse à Santo-Domingo - Photo: Anouk M. Renaud
Nous nous sommes mis dans la merde en venant ici à Santo-Domingo. C’est hier, assis en groupe autour d’une table que nous nous en sommes rendu compte. L’atmosphère entre nous était calme et détendue alors que nous parlions tous de ce genre de principes de vie que nous voulions suivre : le principe de mise en danger. Le groupe y adhère à merveille. Nous sommes tous les 7 à la recherche du danger qui permet d’apprendre, et nous sommes heureux d’être en plein dedans et de se sentir en vie, ici, à Santo-Domingo.
Mais, pas besoin d’être dans une ruelle sombre et louche d’un barrio, d’embarquer à 8 personnes dans une petite voiture filant à toute vitesse sur une route trop étroite, ou de manger de la street meat pour se mettre dans le pépin. Alors, quelle est donc cette situation difficile au sujet de laquelle nous discutions l’autre jour autour de cette table? Pour moi, elle est la suivante : dans moins d’une semaine, je vais commencer à donner des ateliers sur le cinéma documentaire à deux groupes de 25 jeunes adolescent-es équatorien-nes, avec comme thème les droits des femmes en Équateur, le tout, bien sûr, en espagnol. Si l’on remet les choses en perspective : uno, je n’ai jamais animé un groupe de jeunes; dos, je jase difficilement 2 phrases de suite en espagnol; tres, je suis comme un extra-terrestre dans le monde des droits des femmes. On gages-tu que ça va être toute une aventure? Mais voilà justement! C’est ça le but. S’il n’y a pas d’antagonisme, s’il n’y a pas de mise en danger, c’est le statut quo et on n’apprend jamais rien. C’est ce qu’on s’est dit : pourquoi rester tranquille à Montréal quand tu peux aller te mettre dans le trouble ailleurs.
La nuit tombe tôt. Elle n’appartient pas aux hommes. Elle appartient aux chiens. Leur mélodie ponctuelle perce l’humidité, fend la noirceur par vagues, rappelant en sursauts à nos corps et à nos esprits médusés que nous sommes ailleurs, sur leur territoire. Ils déterminent la direction de nos rêves. Et si la nuit sera courte ou longue.
La sueur m’habille telle une seconde peau.
La pauvreté me pince le cœur tel un barbelé que l’on serre autour. À chaque fois, et on ne s’y fait pas.
La foi des habitants me touche telle l’étreinte de ma mère.
Je ne peux me l’expliquer, cette foi indicible, immuable. Cette façon d’accepter son sort, cette résignation devant une force qu’on ne peut toucher, qu’on ne peut raisonner, mais qui résonne partout et en chacun de nous, à différents degrés, à différents moments.
Ainsi je me surprends à prier. Pour ma famille, mon amour, mes amis, qui furent si présents. Pour ce groupe qui m’est si cher, et cette nouvelle famille qui m’inspire tant.
L’église est petite mais sa présence si grande. Elle est remplie, fière et modeste à la fois, surplombant la ville du haut de la montagne Bomboli, ancien site Tsachillas, où ce peuple autochtone y céda sa place il y a quarante-sept ans. À l’époque, quelques familles élurent domicile à ses pieds, pour accueillir et offrir un gîte aux voyageurs, commerçants et transporteurs qui y passaient, de Quito à Guayaquil et l’inverse, histoire de couper la route en deux l’instant d’une nuit. Son emplacement stratégique fit que d’autres gens s’y installèrent, flairant la bonne affaire. Aujourd’hui, Santo Domingo abrite plus de 300 000 habitants, majoritairement jeunes, de 30 ans et moins, qui essaient de se façonner une vie, de donner une âme à cette ville champignon qui les a vus naître, où leurs parents sont venus suer leurs rêves d’un avenir meilleur. Du Pérou, de la Colombie, de partout autour.
Une ville jeune, en pleine crise d’adolescence, et dont les parents semblent être sortis prendre un coup. La nuit, les chiens veillent sur elle. Et peut-être que les parents ne reviendront pas. Elle devra s’élever seule, avancer, se casser la gueule, se défendre, se relever, continuer. La jeunesse est l’espoir de cette ville, et de ce monde que nous souhaitons meilleur.
Ça commence ici. Partout.
Dans une maison qui abritera des femmes violentées.
Dans un programme pour éradiquer le travail des enfants. Pour qu’ils trouvent leur chemin vers l’école, vers leur plein potentiel et vers l’enfance à laquelle ils n’ont pas eu droit.
Dans la tête des hommes dominants, apeurés, ignorants. Leurs œillères noircies de la douce illusion que les femmes sont derrière, et eux devant.
Ça commence ici. Partout.
Dans nos mots. Dans leurs gestes. Dans ma maison. Dans ton cœur.
Un jour elle s’endormira sans soucis, sans peur. Ses prières seront pour d’autres. Les chiens s’assoupiront enfin à ses pieds fatigués. Et la nuit en sera meilleure, pour toute l’humanité.
Une vidéo de Coralie Dumoulin et Marie-Claude Rouillard
Croisé au hasard dans les rues marchandes de La Paz, en train de mettre la clé à sa caverne d’Ali Baba, Pedro Mar est une de ses personnes généreuses et affables à qui nous avons le plus naturellement du monde tendu le micro. Entre une prescription de médecine traditionnelle pour nos estomacs usés et une anecdote invraisemblable sur les sirènes du lac Titicaca, l’énigmatique Pedro nous a parlé de ses charangos. Instruments à corde d’origine bolivienne, ses multiples charangos trônent au sommet de son atelier de musique où ils côtoient quenas, zampoñas et divers autres instruments de musique folklorique. Voici donc Pedro, un homme dont l’histoire personnelle s’entremêle à celle de la Bolivie d’Evo Morales, dorénavant fière de ses racines autochtones et digne de ses accents musicaux distinctifs :L’homme au charango.
Être CanadienNE en Équateur, c’est venir du nord, une partie du monde qui prend des positions controversées qui ont des répercussions sur la qualité de vie de millions d’êtres humains. Pour les Équatoriens informés de la situation des zones sauvages du pays, être Canadien c’est avant tout avoir la même nationalité que ces compagnies minières qui viennent creuser le sol afin de s’emparer des ressources en or et en cuivre. L’exploitation minière fait disparaître des montagnes et des paysages entiers de la région amazonienne, alors qu’elle abrite une biodiversité des plus importantes pour l’équilibre écologique de la planète. De plus, ces zones éloignées sont d’abord et avant tout les terres de communautés autochtones qui n’ont jamais épousé le mode de vie occidental. Lors d’une entrevue avec Gloria Chicaiza de l’organisme Acción Ecológica, nous avons pu en apprendre beaucoup plus sur l’industrie extractive équatorienne. Lire la suite →
Chaque semaine je reçois dans mes courriels plusieurs liens que je dois reléguer aux oubliettes. Ici, ouvrir une page Web nous ramène à notre stoïcisme de 1996, époque ou il était tout à fait normal d’attendre 5 minutes pour que s’ouvre la page désirée. Cette semaine, j’ai pris mon mal en patience et épié quelques touristes pendant que s’ouvrait cet article de Louis Hamelin. Lire la suite →
En cet après-midi venteux du 11 août 2010, dans l’arène bondée du Colisée municipal, les uyunienses ont d’une même voix choisi d’appuyer la grève générale illimitée qui sévit dans la ville de Potosi depuis déjà 14 jours. Environ 2000 habitants formant une foule hétéroclite ont été sans appel face aux interrogations du maire qui sondait ses citoyens : «Nous aussi nous voulons faire la grève». Il a bien essayé de renchérir, le pauvre, mais c’est un régime de feuilles de coca et d’eau qui l’attend pour les prochains jours. Donc, en plus de la grève générale, démocratie oblige, le maire, le comité civique et les juntas vecinales doivent se soumettre à une grève de la faim dont on ne voit pas la fin…
Hier débutait la dernière semaine de notre stage. Dernière semaine de complicité avec les membres et les jeunes de l’ACJ. Nous terminons le montage de nos films, nous donnons nos derniers conseils, nous regardons les jeunes une dernière fois avant de partir.
Alternatives est une organisation non gouvernementale de solidarité et de développement international fondée en 1994.
Par ses initiatives, Alternatives veut favoriser la démocratie participative, la justice sociale, des relations égalitaires entre le Nord et le Sud et la protection de l’environnement. Active au Québec et sur quatre continents, Alternatives soutient les initiatives des mouvements sociaux en faveur du respect des droits des personnes et des communautés touchées par la pauvreté,la discrimination, l’exploitation et la violence.
Les réseaux créés au fil des ans auprès de partenaires communautaires permettent un véritable partage entre les pays du Sud et du Nord et entre les pays du Sud entre-eux.