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Chronique d’un 8 mars

Auteur: Gabrielle Lamontagne-Hallé

Par Gabrielle Lamontagne-Hallé

Yaoundé, 8 mars 2013 – Aujourd’hui, c’est la journée internationale de la femme. Dans les rues du centre-ville de Yaoundé, la capitale du Cameroun, elles sont plus de 200 000 à déambuler au son de rythmes traditionnels entraînants. Jeanne, infirmière à l’hôpital public de Biyem-Assi, est du groupe. Pour ses collègues féminines et pour elle, il n’est pas question de travailler un 8 mars.

Comme les centaines de milliers de femmes qui marchent avec elle, Jeanne porte un habit fait sur mesure aux couleurs de la journée de la femme. C’est le pagne, un tissu traditionnel coloré que la femme africaine porte sous toutes ses formes. Chaque année, la Cotonnière industrielle du Cameroun (Cicam) commercialise un nouveau pagne aux inscriptions du 8 mars. Un élément indispensable de la fête pour les femmes camerounaises.

Des deux couleurs offertes, Jeanne a choisi le rose. Des grandes impressions par-dessus les motifs montrent des femmes au champ et aux fourneaux. Certaines de ses collègues plus en moyens sont allées jusqu’à se faire fabriquer des chapeaux et des écharpes avec ce même tissu.

Après avoir paradé pendant près de quatre heures sur les grandes artères de Yaoundé, elles se rassemblent dans les bars de quartier généralement occupés par les hommes après les heures de travail. Jeanne enfile les bières que lui offrent ses amies. Son habit lui aura coûté en tissu et en main-d’œuvre pas moins de 16 000 francs CFA (environ 32$). C’est une semaine et demie de salaire à l’hôpital.

Les femmes dansent jusqu’aux petites heures de la nuit, sachant que la prochaine occasion de se dégourdir ne viendra pas avant le 8 mars prochain. Lorsqu’elles se séparent finalement pour emprunter le chemin de la maison, Jeanne rentre chez sa jeune sœur, qui s’est mariée il y a deux mois à peine. Elle embrasse ses enfants qui dorment sur un petit lit monté dans le salon. Une larme glisse doucement sur sa joue. Elle ne sait comment elle parviendra à traverser les prochaines semaines.

Comme plusieurs femmes de son pays, Jeanne attendait de son mari qu’il lui offre son pagne du 8 mars. Il importait pour elle qu’il reconnaisse ainsi son rôle de femme et qu’il lui accorde le droit de célébrer comme il se doit. Mais cette année, son mari avait décidé qu’il ne céderait pas aux caprices de son épouse.

Au sein de l’entreprise qu’il dirigeait, les femmes avaient fait la grève pendant trois jours pour réclamer que le pagne leur soit offert par l’employeur. Il en avait marre que les femmes de son entourage fassent chaque année la pluie et le beau temps pour le réclamer.

Deux semaines avant les célébrations, Jeanne lui avait imposé un ultimatum. Et comme c’est le cas dans plusieurs ménages chaque année, son couple a volé en éclats lorsqu’à la veille du 8 mars, le pagne convoité n’avait toujours pas été posé sur le lit conjugal.

Demain, elle rentrerait au travail et rien n’aurait changé. Les infirmières de son unité auraient toujours un salaire nettement inférieur à leurs homologues masculins. Aucune femme n’aurait intégré l’étage réservé à l’administration. Et aucune nouvelle mesure n’aurait été adoptée pour favoriser la conciliation famille-travail chez les mères de famille.

Il faudrait attendre le 8 mars prochain.

-30-

Something Good

Auteur: Lynn Lessard

I have been back in Canada for about a month now, and I’ve realized that I hardly talk about my experience in Tunisia. Partly, that’s because when somebody asks you how your trip went, you know that, really, they’re just being polite. And partly, it’s because I haven’t a clue how to describe the experience “in a nutshell.” I can’t even wrap my own head around the incredible three months I just had, so how can I convey that experience to someone else in a thirty-second spiel? Where do I even start?

My work? Challenging and immense learning experience. The food? Incredible! Think spicy, Mediterranean, harissa, tuna, olives, etc. The weather? 40+ and sticky! My host family and friends? My favourite part – loving, loveable and missed! My travels? Carthage, Bizerte, Hammamet, Monastir, Sousse, can’t get enough! The people? Most warm and welcoming you’ll ever know. Post-revolution politics? Slow, complicated, tense, and hopeful.

But I’ve noticed that all everyone really wants to hear about is the bad. I respond briefly, and then they dig for it: “Are women treated horribly there? Did you have to cover your hair?” “Are they allowed to drink alcohol?” “Do people eat with their hands?” “Are the streets really dirty?” “Do they cut off your hand if you steal?” (okay, no one actually asked me that last one!)…

And the truth is that there are a lot of negative aspects of my experience living in Tunisia. At times, I couldn’t stand to “wait another 10 minutes” (= 1 hour) or to hear another car honk its horn. But none of those aspects take away from the fact that I had an incredible stay. In fact, no experience is perfect and memorable without its downfalls or, as another intern put it, your “highest highs and lowest lows.” Then again, whatever you interpret as “bad” may not be the same for the person next to you, anyway.

In any case, I so badly don’t want to enforce negative stereotypes that I intentionally leave out the “bad” details most of the time. I know that if I mention one bad thing, it’s what many people will remember and repeat.

So, allow me to respond to the many general concerns people have about a country like Tunisia:

Sure, the situation of women is different than it is here. On a world-scale, it’s actually very good. It definitely isn’t much worse than the objectification of women in the streets of Ottawa, or the overuse of terms like “slut” or “whore” in the west. Tunisian women today can choose to wear a headscarf or a veil, just like they could here (although a year and a half ago, Tunisians weren’t actually allowed to wear either in government offices or universities).

There are less bars than we have here (unless of course you go to a touristy area), but there are way more cafés. And I’m not talking about Tim Hortons. I’m talking about outdoor cafés with character – in the narrow streets of the medina (old city), the busy sidewalks of Avenue Habib Bourguiba, the hilltop sea view of Sidi Bou Said, or a grassy terrace with cushions for seats and blankets for rooftops. And you can spend hours there, sipping coffee or mint tea and enjoying company buzzed only on caffeine (it is possible!). Pay for your tea, and maybe a shisha, and spend hours there without question.

You can order a bowl of ojja merguez and sit around a table with a group of friends (or strangers, if you wanted to), scooping it onto bread with your fingers and enjoying the incredible taste. You can make a meal a truly social activity. You can eat as much as you want and instead of being called a pig, you’ll be told “saha” (good health).

And sure, there is garbage in the streets of Tunis in a somewhat organized chaos. But only 45-minutes away, there is the village of Metline, where you can take a hike through fields, farms, forests, beaches, mountains and rocks – all within the scope of a few hours and along a breathtaking Mediterranean coast.

On a Ramadan night, you can watch kids play and set off fire crackers in the streets. Find the right place, and you can enjoy the beat of the Tunisian darbuka, and you can dare try moving your hips, hands and heart like a Tunisian.

On any night, you can eat fresh brik in La Goulette or bambaloni uphill in Sidi Bou Said.

The point is, I have become very doubtful that there is any more “bad” in Tunisia than there is in Canada. Not to undermine the serious problems that exist in Tunisia, but the “good” that does exist, from my experience, is so genuine and so novel that it stands above any frustrations that I may have dealt with.

There is something good to hear about every place in the world.

 

Hospitality Club

Auteur: Gabrielle Lamontagne-Hallé

Lorsque vous dites à un Camerounais que chez vous, tout le monde a dans son porte-monnaie un petit bout de plastique rouge surnommé « carte soleil » qui lui permette d’avoir accès à des soins de santé sans débourser le moindre sou, il vient les yeux ronds comme des billes. Puis il vous dévisage en sourcillant et en cherchant l’arnaque.

Car ici, comme dans plusieurs endroits du monde, n’est pas bienvenu à l’hôpital public qui n’a pas les moyens de payer ses services. Et disons-le, on ne vous fait pas de cadeau!

Dès que vous mettez les pieds à l’urgence, on vous renvoie à la caisse payer un thermomètre. Puis des gants. Puis une seringue. Puis d’autres gants. Vous comprenez l’idée. Bref, pas la peine de compter les allers-retours, ils seront nombreux.

En revanche, l’attente est très courte, voire inexistante. Dès mon arrivée, j’ai pu apprécier la rapidité avec laquelle le médecin de service m’a reçue. J’ai aussi pu apprécier la rapidité à laquelle je l’ai perdu! Quelques appels téléphoniques sur son cellulaire et une ou deux urgences plus tard, il m’a finalement redirigée vers le laboratoire pour les tests d’analyse.

L’ambiance au laboratoire était à la fête. Je dus me faufiler à travers une vingtaine d’employés vêtus de blanc qui dégustaient des brochettes de viande et des sandwichs aux œufs durs, prenant place sur les quelques lits d’hôpital disponibles. Ils se passaient les bouteilles de Coca et ne semblaient pas se soucier de ma présence le moins du monde.

J’ai finalement réussi à prendre place sur une chaise pour attendre qu’on me reçoive, ne daignant pas interrompre cette fête improvisée. Je me faisais alors la réflexion qu’en dépit des règles d’hygiène douteuses, les employés avaient au moins le cœur à la fête.

Jusqu’à ce que je vois la bouteille de whisky circuler parmi les sarraus.

Après vingt minutes d’attente, un infirmier m’a invitée à le suivre dans la salle voisine. Déjà que les seringues et moi n’avons jamais connu une grande histoire d’amour, le brouhaha de la salle voisine n’avait rien pour me rassurer.

Pendant la prise de sang, les va-et-vient se chargeaient de tenir mon esprit occupé. Tour à tour, deux infirmières sont entrées en uniforme et sans crier gare, se sont dévêties, avant de se rhabiller en civil. Le tout sous le regard amusé de l’infirmier qui s’occupait de moi.

Si Juste Pour Rire avait une filiale camerounaise, j’aurais cherché les caméras.

Et au moment de quitter la salle, après avoir gentiment demandé mon congé, l’infirmier de me lancer :

« Alors, on fait comment pour aller travailler au Canada?! »

Entre primates, on se comprend !

Auteur: Marie-Anne Viau

Cela fait déjà un mois que je suis au Cameroun, et que chaque jour je m’intègre un peu plus à ce pays de l’Afrique centrale bien paradoxal. Pour fêter la mi-stage, notre groupe de stagiaires a décidé d’aller se prélasser sur les plages de Kribi dans le littoral.

Après avoir navigué tout notre samedi en pirogue en passant par les chutes de Lobée, un village de Pygmées et des assiettes débordantes de crevettes, les chauffeurs de taxi, puisqu’ils étaient aussi guides touristiques (les Camerounais ont le don d’avoir plusieurs jobs pour joindre les deux bouts), nous ont laissé à notre hôtel face à la plage avec une proposition bien ancrée dans leur tête.

Ils nous parlent d’un refuge de chimpanzés orphelins victimes du braconnage, malheureusement encore trop pratiqué dans cette partie du monde, sur une île à deux heures de Kribi et proposent de nous y amener le lendemain matin. J’étais suspendue à leurs lèvres jusqu’à ce que finalement ils parlent de prix. 100 000 francs, équivalent à 200 dollars canadiens, est une somme énorme pour le coût de la vie camerounaise que plusieurs paysans n’oseraient même pas penser avoir au fond de leur poche. Après quelques heures de réflexion, j’ai décidé de partir dans cette aventure en divisant la somme en quatre avec 3 autres de mes camarades.

Donc, me voilà le lendemain matin à rouler dans la brousse et à prier pour que le véhicule ne s’enfonce pas dans la boue jusqu’à la destination finale. Puis, nous devons marcher dans la jungle, et à ma grande surprise, ce sont les chimpanzés qui nous trouvent avant même d’avoir aperçu le refuge à l’horizon.

Ils sortent d’entre les arbres, un en position quadrupède et l’autre, plus petit, bien accroché sur son dos. Ils s’approchent de nous sans aucune crainte et sautent dans les bras du vétérinaire qui nous accompagne. Arrivé au refuge, un troisième compagnon, encore plus jeune que les deux autres, se joint à nous. Je craque définitivement lorsque j’apprends qu’elle s’appelle Goyave. Cannelle est la plus vieille, celle qui était venue à notre rencontre avec Miel celle sur son dos. Elles sont toutes de jeunes chimpanzés ayant perdu leurs parents à cause des braconniers. Des paysans les retrouvent abandonnés et les mènent au refuge avant qu’ils ne meurent de faim.

En quelques minutes, nous sommes déjà des membres de la famille. Leurs bras bien tendus vers moi signifient leur envie que je les prenne et tenir ces petites bêtes bien serrées me donne l’impression d’être avec un bambin. Leurs mains si semblables aux miennes et leurs grands yeux doux me regardent avec une vive intelligence. Par contre, leur agilité et leur énergie sont incomparables! Chacun leur tour, elles sautent sur notre dos et un véritable manège de pirouettes interminable se déclenche, amenant un éclat de rire général.

Puis, vint le temps d’aller sur l’île en face du refuge des bébés chimpanzés, où vivent ceux qui sont maintenant devenus adultes. Une pirogue chambranlante nous attend et nous permet de traverser le fleuve. Une fois sur l’île, un mâle adulte est déjà là, un peu méfiant. Il me renife légèrement avant de m’adopter sans aucune difficulté. Il se nommait Patchouli. Che Guevera vient nous accueillir aussi, lorsque je remarque un énorme chimpanzé roux bien en évidence sur une autre branche. C’est le chef, le mâle dominant : Nunéphar. Les spécialistes qui nous accompagnent nous disent de faire attention, puisqu’il est en mode défensif, et de passer tranquillement.

L’inattendu arrive, car ma camarade Évelyne est vite poursuivie par Nénuphar alors qu’elle traverse le chemin et elle se fait littéralement attaquée. Pendant que les Camerounais viennent à son aide, l’énorme singe se tourne vers moi et me mord. Complètement sous le choc, je tremble comme une feuille alors que mon agresseur est déjà loin. Bien entendu, je n’avais aucun danger de transmission de maladies puisqu’ils étaient tous vaccinés depuis l’âge de 6 mois, mais reste que le rappel à la vie sauvage est violent. Revenue à moi-même, je me remplis de courage et continue mon chemin.

Ils sont au moins cinq en comptant les trois mâles déjà rencontrés, en plus d’Arthémiste, la seule femelle du groupe, et Kiwi, le plus jeune mâle. Nénuphar revient vers moi et alors que je recule, on m’explique qu’il veut s’excuser et qu’il faut que je lui tende ma blessure. Il embrasse ma main, tel le ferait un jeune homme qui me courtise, et se lève sur ses deux jambes pour me donner des bisous sur les joues. Je rigole, mais sa lourdeur devient bientôt désagréable et je le repousse gentiment. C’est alors que Patchouli, mon préféré, me tend la main et m’amène proche d’un herbacé. Il tire ma manche et me donne une feuille de la plante. Le vétérinaire me dit qu’il faut que je la roule entre mes mains et de lui redonner par la suite, ce que je fais. Le primate l’applique par la suite sur mes plaies comme un baume, à des endroits où je n’avais même pas remarqué les égratignures. Il sentait où j’avais mal et me soignait avec une plante médicinal.

Après de nombreux et beaux échanges remplis d’affection, spécifiquement avec Arthémiste, (ah, la solidarité féminine!) il vint le temps de rentrer. Au retour, Cannelle avec Miel, éternellement agrippée à elle, nous suivent un moment malgré les demandes incessantes du vétérinaire qu’elles retournent au refuge. De retour dans l’automobile, le guide nous confie qu’il s’agit du seul refuge accessible au public de l’Afrique entier et nous avons alors compris toute la chance que nous avions eue d’y pénétrer. Sur la route, nous apercevons deux Africains transportant deux singes inertes ficelés sur des bouts de bois.

Une fois de plus, la réalité africaine nous frappe en plein visage.

Lipsynch et royauté

Auteur: Gabrielle Lamontagne-Hallé

Yaoundé, 3 juillet 2012

Il y a des moments, en voyage, où les impacts de la mondialisation nous frappent de plein fouet. Après 13h de vol, on ne s’attend pas nécessairement à manger une omelette avec de la baguette française, attablés un matin sur une terrasse de Bandjoun. On ne s’attend pas non plus à voir une célébration de mariage s’ouvrir avec une performance de lipsynch sur « Je ne vous oublie pas » de Céline Dion. Et pourtant…

Pourtant, plusieurs traditions sont encore (une chance) profondément ancrées dans la culture africaine. Et c’est au cours de ces mêmes mariages, auxquels Marie-Élaine et moi avons été conviées avec nos parents la fin de semaine dernière, qu’on peut le constater. Vendredi soir, à l’Ouest du pays, nous assistions à un mariage coutumier, la première étape des célébrations nuptiales, où doit être présentée la fameuse demande en bonne et due forme. Mais ladite requête ne peut être formulée sans que les deux familles n’argumentent d’abord dans ce qui s’avère finalement être un jeu de rôles interminable.

Ainsi, pendant plusieurs heures, les prises de bec se multiplient dans la langue locale dont seuls les natifs de Bandjoun peuvent saisir les subtilités. La belle-famille fait mine de ne pas trouver la mariée, annonce ensuite qu’elle est toujours à Yaoundé et qu’il faut la faire venir (en bref, ils revendiquent quelques billets à la famille du marié). Ils rencontrent ensuite plusieurs péages routiers, pannes d’essence et autres contrôles qui multiplient les occasions de reconstituer la dot de la mariée. Car au Cameroun, c’est la famille du marié qui fournit la dot. Et c’est au terme de ces échanges abrupts mais pleins d’humour que les belles-familles partagent avec les mariés une boisson traditionnelle (qui unira à jamais ces deux familles) et qu’est finalement servi un copieux repas aux convives affamés…et disons-le, pour certains, endormis sur le dossier de la chaise de devant!

SA MAJESTÉ

Lorsque le lendemain, avant notre départ pour Mbanga (où nous étions attendus pour un mariage civil cette fois), Marie-Élaine et moi avons été présentées au roi de Bandjoun, nous avons aussi compris que le colonialisme n’était pas venu à bout des unités administratives traditionnelles. Si les rois sont depuis devenus des chefs et que leurs royaumes sont désormais des chefferies, il n’en demeure pas moins qu’ils occupent une place considérable dans la communauté.

« Imitez les hommes! », nous a soufflé notre mère lorsque les hommes en notre compagnie se sont alignés, le dos droit, en fixant la porte du bâtiment principal. C’est à ce moment que nous avons compris que sa majesté nous honorerait de sa présence en ce samedi matin. Et tour à tour, nous avons été présentés au roi, qui nous a même accueillis dans son grand salon. Disons que j’étais petite dans mes shorts-gougounes lorsqu’il s’est posé sur son trône de bois sculpté assez haut pour que ses pieds ne touchent pas le sol!

Le chef héritant des femmes et des enfants de ses prédécesseurs, le roi de Bandjoun a à son actif quelques soixante femmes. Ainsi, de chaque côté de la grande case familiale surmontée d’un toit conique en fibres végétales, sont alignées plusieurs cases traditionnelles sur le même modèle où vivent les quelques soixante femmes et leur enfants.

Au mariage civil (l’étape qui suit normalement le mariage coutumier), auquel nous avons assisté à Mbanga, près du littoral, cet après-midi-là, nous avons d’ailleurs bondi sur nos chaises lorsque le maire a demandé au marié s’il choisissait le système polygamie ou monogamie comme on dit « thé ou café? ». « Ah, c’est vrai, ça existe encore ici. » La bonne nouvelle, c’est qu’à la réponse « monogamie », le public a jubilé bruyamment.

Mais la mariée, elle, n’a pas eu le choix… maudite vie!

La panne

Auteur: Gabrielle Lamontagne-Hallé

Yaoundé, 20 juin

Il ne nous aura pas fallu longtemps pour comprendre l’aspect aléatoire des services d’électricité et d’eau courante en Afrique centrale. Ici, ouvrir le robinet est une loterie quotidienne. Surtout dans le quartier Mendong, où Marie-Élaine et moi vivons. Les coupures d’eau surviennent plusieurs fois par semaine et peuvent se prolonger de quelques heures…à quelques semaines.

Les familles sont toutes équipées de fûts, qu’elles s’empressent de remplir dès que le retour de l’eau se fait entendre dans les tuyaux (souvent la nuit). Elles collectionnent les bouteilles, et les entassent sous l’évier de la cuisine, remplies de ce fluide rarissime. Heureusement, elles ont aussi la pluie, qui remplit à chaque averse une série de bacs alignés sur le côté de la maison.

Hier, non seulement les robinets étaient à sec, mais l’électricité nous a aussi abandonné à l’heure du souper. Alors que Marie-Élaine et moi dégustions avec un bonheur incommensurable notre premier plat de pâtes depuis notre arrivée, nous avons été plongés dans le noir. Le téléviseur, bruit de fond de tous les soirs dans notre maison, n’était plus. Le silence.

Nos frères et soeurs, de nature assez muette, sont demeurés quelques minutes en silence, comme s’ils se demandaient ce qu’ils allaient bien pouvoir faire. Sans DS, ni Playstation, ni Facebook, ni séries télévisées. Puis un de nos frères est venu s’asseoir à nos côtés avec une généreuse portion de spaghetti. On a parlé de ses études, de notre projet, des saisons canadiennes, des sports d’hiver.

Maman s’était endormie entre temps sur son canapé, et les filles, toujours assez silencieuses, écoutaient notre conversion du divan, duquel elles n’avaient toujours pas bougé. Jusqu’à ce qu’une d’elle se mouille et propose de jouer à « troud’cul ». Elle avait manifestement eu un coup de coeur pour ce jeu que leur avaient montré les deux stagiaires québécoises de l’été passé.

L’heure qui a suivie, à la lampe de poche, s’est avérée être une féroce course à la présidence dans le cadre de ce jeu de cartes folklorique. S’empilaient au centre de la table les Dames de coeur, les 8 d’arachide (trèfle), les As de macabo noir (pique) et les Valets de biscuit (carreau), parsemés d’éclats de rire et de grimaces.

Même si ce soir, le bruit de fonds des séries télé mal doublées et des vidéoclips de Justin Bieber reprendront, la panne a été vectrice de rapprochements et d’échanges.

Rappelez-vous janvier 1998…

Yaoundé, ville verte

Auteur: Gabrielle Lamontagne-Hallé

Yaoundé, 19 juin 2012

Nous sommes arrivés en sol camerounais il y a à peine quelques jours, et déjà la musique, les klaxons et les bananes plantain font partie de notre quotidien.

Nous sommes en phase lune de miel, en jargon du voyage. Les repas sont des moments de découverte incroyables, de même que chaque déplacement en taxi, qui nous permet d’en apprendre plus sur l’anarchie qui règne dans le code de sécurité routière.

L’émerveillement se fait aussi au niveau des initiatives d’agriculture urbaine, la raison même de notre présence ici pour les deux prochains mois. Les plants de maïs bordent les routes, les ruelles, abondent dans les cours arrière et décorent les façades avant des maisons. Les manguiers offrent un peu d’ombre aux lézards aux couleurs de l’arc-en-ciel et plusieurs citadins cueillent leurs bananes douces (à distinguer des bananes plantain) à même leur bananier le matin. La verdure abonde dans cette ville ensoleillée qui profite ces temps-ci de bonnes averses nocturnes. Des sacs de plastique aux carcasses de vieux modems en passant par les pneus, tout ce que les Camerounais ont sous la main se transforme en bac à fleur!

Yaoundé, à l’image de ce que nous avions lu à son sujet, se prête très bien aux initiatives de culture vivrière en ville. Les bas-fonds qui séparent les collines (Yaoundé, tout en relief, est connue sous le nom de « ville aux sept collines ») conservent l’humidité en saison sèche et permettent d’approvisionner la ville en fruits et légumes variés toute l’année. Notre défi des prochaines semaines : miser sur le « plus-value » des techniques de culture hors-sol que nous leur apportons et surtout, surtout, s’immerger dans les techniques d’agriculture urbaine qui composent la réalité de Yaoundé en ce moment.

Nous adoptons progressivement (certains plus facilement que d’autres!) le rythme de vie camerounais. Le pas aussi. Si mes amis râlent parce que je marche trop vite au Québec, c’est que les Africains ne comprennent vraiment rien à mon empressement! Évidemment, on s’habitue aussi aux regards détournés sur notre passage. Notre teint clair et nos gros sacs à dos ne laissent personne indifférent, et il n’est pas rare de se faire interpeler par « hey la blanche » ou « hey le blanc ».

« Baby I love you » est aussi une amorce que la majorité féminine du groupe commence à bien connaître!

Toujours en phase « lune de miel », nous avons visité Douala, capitale économique du pays, cette fin de semaine. Une rencontre dont tous se souviendront longtemps a teinté notre séjour… la suite très bientôt!

Gabrielle L.

Un Jardin Sur le Toit de Radio Kayira

Auteur: Yacouba Sogoba

Projet d’innovation et d’anticipation, le jardin sur le toit de radio Kayira à Bamako est à la fois un projet de développement visant à favoriser les initiatives collectives et individuelles de la société civile autour des diverses problématiques touchant l’agriculture urbaine et périurbaine au Mali.

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One Dish

Auteur: Amda holness

It’s so interesting that the reason we came here was for FOOD security and FOOD sovereignty. We are also pushing the education of Rights to FOOD. All of the topics based on FOOD, yet it seems to me they know more about food here than we do individually. Food isn’t only a way to live, but it’s a way of life.

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In Defense of Food

Auteur: kim mcdowell

So if food is in need of defense and security, from whom or what do they need defending, is the question that I ponder strongly? I myself have a vague idea from who it would need defending, but according to the book “In Defense of Food”, by Micheal Pollan, brings up the idea that, with the influence of “Scientific Nutritionism”, we have shift our eating lifestyle from not just eating food, but to eating valuable nutrients. With that I feel we are becoming more dependent on the advice of nutritionist, and as a result delivering a “Narrow concept of physical health”(Pollan, M). He continues to say that food appears to be now a matter of “Biology” eating scientifically by the nutrient and the number under guidance of “experts”. To me food is equivalent to eating: for pleasure, with family, as a community, including expressing our cultural identity. Eating to me has been about culture, bodily health, but with nutritionism on the rise has changed our eating and I believe has elevated sickness (diabetes, obesity etc.) in the lives of eaters. Many people have access to food but with the advice of nutritionist, in my opinion may not necessarily or exactly have access to Food, nonetheless the idea that nutrients is more important than food itself. But with our minds conditioned to think nutrients instead of food; could this be a lack of food security or a sense of insecurity? So what is food security? Is it eating the right amounts of cholesterol, eating saturated fats, eating high or low amounts of calories or, is it having the accessibility to eat whatever we want whenever we want without scientific nutritional values hanging over our heads which “secure” our eating. Is it “secure” to say, eat only saturated fats, lower your cholesterol in order to eat healthy. Or is it secure to say, that it has become a sense of agribusiness to make processed foods that contain the suggested amount of nutrients to maintain “good health”. Why does it matter the amount of nutrients consumed in a single meal and why not focus on just eating natural grown foods that are God’s gift to mankind. While the majority of Americans scramble to eat carbohydrates or foods full in protein, the majority of Africans scramble to eat food period.