On en a du plaisir nous autres!

Auteur: Mylène Bellerose

C’est le 27 juillet, 21h30. Je sors prendre l’air seule. La ville est silencieuse et tranquille. En approchant de la Plaza de Armas, j’entends de la musique. En m’approchant, j’y vois une gang de jeunes boliviens qui jasent et profitent de la nuit entre amis. Tout à coup, sans avertir, ils se retrouvent en ligne et commencent à danser en plein milieu de la rue.

Il s’agit des « ensayos » (soit des répétitions) pour le festival de la Vierge d’Urcupiña, qui a lieu vers la fin du mois d’août. À ce festival, pas de vedettes connues, ni de spectacles faits par des professionnels. Il ne s’agit que des danses traditionnelles boliviennes, exécutées par les Boliviens eux-mêmes. Quelques semaines avant l’événement, chaque soir de la semaine, les danseurs se rencontrent dans différentes rues de la ville pour mettre en pratique les différentes danses : chacarera, tobas, tinkus, saya-afroboliviana, morenara, caporales, diabladas, etc. Le prix pour apprendre? Gratuit! Le seul coût à assumer est celui du costume que les participants vêtiront lors du festival.

J’ai observé longuement les jeunes Boliviens qui dansaient des danses traditionnelles en plein milieu de la rue, en riant, se trompant, recommençant sans cesse, arrêtant dès qu’un auto voulait passer et finissant la soirée en se réchauffant avec un bon chocolat chaud sucré. L’ambiance est loin d’être formelle et me rappelle les partys du jour de l’an québécois. Quand nous, les gringas, nous avons essayé d’embarquer en suivant les autres danseurs de chacarera quelques jours plus tard, des danseurs sont venus sur le champ nous expliquer les pas et nous guider dans notre apprentissage.

Ça revient à la démocratisation de la danse traditionnelle, et de façon plus générale, au patrimoine bolivien. Presque tous les jeunes à qui j’ai parlé pendant mon séjour connaissent une danse bolivienne. Ça me rappelle à quel point notre culture québécoise est souvent méconnu et mériterait une meilleure reconnaissance.

Le 22 août prochain, tous ces jeunes et moins jeunes danseront sur la rue principale d’Uyuni devant plusieurs centaines de spectateurs. C’est une façon pour eux, de rendre hommage à la Vierge d’Urcupiña certes, mais également, je crois que ça permet de passer un hiver un peu plus doux, en partageant le plaisir de danser!

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