Ça y est. Les montagnes ont disparu. Dans mon nez, mes yeux, ma bouche, du sable.
Pour seul son, celui du vent. Pour seule couleur, celle du sable. Pour seule sensation, celle de ces grains qui me pincent, décidés à percer mes orifices, à me fouetter, à se venger pour toutes les fois où je les ai piétinés.
J’avance péniblement.
Les chiens errants s’abritent, tranquilles. Les rares cyclistes sont poussés, instables. Les gens se couvrent, effacés dans ce gros nuage beige.
Un homme sort de sa maison. Il empoigne une échelle. Le voilà, juché, à ajouter des roches sur son toit de tôle ondulée.
Les portes, clôtures et enseignes claquent au vent. Les papiers, déchets et sacs de plastique s’envolent. Les poteaux électriques vacillent, leurs fils se tendent.
D’ailleurs, il n’y a pas d’électricité: certains poteaux ont cédé à la force du vent.
Les rayons du soleil sont arrêtés en chemin. Le bleu du ciel s’est éteint. Le vent est maître. Le sable, son sujet.
Je rentre à la maison.
Par les fenêtres, le sable pénètre sans difficulté: il y a des fuites partout, les fenêtres n’étant ni étanches, ni isolées. Même fendues sur le long.
Il couvre le plancher, la table, les ustensiles. La télévision est enveloppée de plastique. On ajoute du papier journal, du papier collant aux jonctions des vitres, des vêtements pour boucher les trous où le sable s’infiltre. Le vent siffle.
N’empêche, il y a du sable partout. J’en croque, j’en respire, j’en ai plein les poumons.
C’est ma première tempête de sable. Jusque dans ma tasse de maté de coca.

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