L’humilité me rappelle à l’ordre à divers moments. Comme lorsque je suis au beau milieu des montagnes, petite devant l’immensité. Aujourd’hui, je décide d’aller à leur rencontre, de me rendre au sommet de la plus haute montagne à la frontière d’Uyuni. Mais pour m’y rendre, une surprise m’attend: un dépotoir.
Au départ, près d’Uyuni, seulement quelques déchets jetés par les gens auxquels je me suis habituée. Comme cette femme qui s’y rend avec sa boîte de carton pleine pour la vider, tout naturellement. Puis, au fur et à mesure que j’avance, le nombre de déchets augmentent. Dramatiquement.
Me voilà au beau milieu d’un dépotoir, de tonnes de bouteilles de plastique, de verre, de sacs, de cannes de métal rouillées, de souliers, d’objets du quotidien, de jouets pour enfants, de vieux matelas, de pneus.
Autant de traces humaines sous mes yeux, sous mes pieds, alors que s’étendent devant moi, au loin, des montagnes désertiques qui paraissent intouchées par l’homme.
L’humain peut tellement détruire la nature. Et j’y participe.
Je continue, sans contourner les déchets ni fermer les yeux. Plongée dans la réalité. Je pollue aussi. Je consomme. D’ailleurs, où finira ma canne de thon prévue pour mon dîner? Devrais-je la jeter moi-même dans le dépotoir ou dans une poubelle en ville? Et le sac de plastique qui protège mon pain? Et tout ce que je transporte?
Voilà des chiens qui cherchent frénétiquement de quoi manger. Des porcs font de même un peu plus loin. Et là-bas, au loin, une famille qui pige et ramasse, je ne sais quoi, dans ce dépotoir.
Je m’approche. Près d’eux, un gros amas de bouts d’os. Je m’informe et le père des trois enfants m’explique qu’il les recueille pour les revendre. Ils sont utilisés dans la fabrication de produits chimiques à Oruro. Gantés, sa femme et lui recherchent ces bouts d’os séchés de lamas, de porcs, de chiens. Peu importe. Des os récupérés à raison d’une tonne pour leurs sept jours de travail. Une tonne revendue 300 bolivianos, soit 40$ par semaine.
Je continue. J’arrive au pied des montagnes, les déchets derrière moi. La montée devant. Plus petite que jamais.

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