Neuf québécois et une famille

Auteur: Marie-Soleil Desautels

La modeste maison est sur deux étages. L’entrée donne sur le garage, voisin d’une pièce à débarras, de deux chambres et d’une toilette. À l’étage, quatre petites chambres, une salle de bain, une cuisine et une salle à manger. À l’arrière, une petite cour encombrée de roches, de planches de bois pêle-mêle, de cordes à linge et de bassins pour nettoyer les vêtements à la main. Habituellement y vit une famille dont trois des cinq enfants étudient à l’extérieur d’Uyuni.

Nous voilà, neuf Québécois à envahir les lieux. Huit jeunes femmes stagiaires, dont moi, se partagent deux des chambres à l’étage, cinq lits en tout. L’accompagnateur du groupe est installé dans l’une des chambres au premier. Notre présence chamboule la vie de la famille.

Nous voilà, neuf Québécois à s’imposer. À manipuler iPod, appareils photo, caméra vidéo. À s’acheter du miel pour déjeuner ou à désirer plus de fruits. À boire du yogourt. À rentrer tard le soir. À vivre parfois comme dans un hôtel. Neuf, à exposer d’une manière ou d’une autre notre mode de vie occidental. Un mode de vie qui imprègne l’imaginaire de nos hôtes.

Nous voilà, neuf Québécois à s’adapter à leur mode de vie. Confrontés au froid de cette maison mal isolée dont certaines fenêtres sont cassées. Dans laquelle le mercure frôle zéro la nuit et où le froid mord au réveil. Avec seulement quelques chaufferettes, très prisées, autour desquelles se réchauffer. Et où l’eau courante – glacée – n’est disponible que le matin, des barils devant être remplis pour le reste de la journée.

Les voilà, eux, à faire en sorte que nous soyons confortables. Que nous ne manquions de rien. À avoir acheté des lits supplémentaires pour notre arrivée. À cuisiner pour nous. À vider les poubelles. À ramasser ce que nous laissons derrière nous. À nous laisser pénétrer leur espace.

Et entre nous et eux, le partage. À parler du Canada, de la Bolivie, de politique, de culture, de cuisine, d’électricité (le père travaille pour la Cooperativa de servicios electrico Uyuni – et oui, en Bolivie, l’électricité est gérée par des coopératives ou des entreprises privées et coûte aux particuliers trois fois plus cher qu’au Québec). À apprendre à filer de la laine. À jouer à de nouveaux jeux de carte. À échanger de la musique bolivienne et québécoise. À regarder les nouvelles. À apprécier la cuisine de la mère de la famille, dont le lama grillé. Ou à cuisiner pour eux du pâté chinois, notre plat québécois national.

Un véritable concentré d’apprentissages. D’échanges qui ne peuvent faire autrement que de nous bouleverser, de les bouleverser.

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