Mon premier article traitait de la difficulté qu’éprouvait notre équipe à bien cerner la forme qu’allait prendre notre campagne de sensibilisation. Nous espérions trouver plusieurs moyens pour faire venir les personnes sur le toit, mais toujours dans l’espoir qu’ils adoptent le projet et reviennent sur le toit après notre départ. Nous espérions aussi intéresser des personnes qui pourraient peut-être recréer le modèle chez eux. Nous avions alors quelques difficultés à trouver à qui adresser notre campagne de sensibilisation, comment la mener et sur quel sujet la concentrer
Et bien après un peu plus de 45 jours de travail, l’équipe est, pour l’instant, particulièrement satisfaite du résultat. Les visiteurs sont nombreux et semblent apprécier les différentes constructions que nous avons réalisées. Chaque fois que quelqu’un est venu sur le toit, nous avons tenté de lui permettre de travailler avec nous et d’ainsi bien comprendre nos idées. La radio est évidemment un médium de premier ordre pour attirer les gens de Bamako. Chaque émission ou presque a trouvé le moyen de mentionner le projet du jardin sur le toit. Nous avons également tous participé à des émissions de radio comme celle du stagiaire réciprocité de cette année Korodjo Koulibaly, « Le couloir des jeunes » : émission axée sur la musique où nous avons parlé des aspects positifs du projet et des problèmes que peut parfois rencontrer l’agriculture malienne en milieu urbain. Nous avions aussi la possibilité de discuter avec les auditeurs sur les ondes lors de la période des questions, où ils nous appelaient pour discuter avec nous de nos activités. Ces courtes apparitions et discussions en direct sur le sujet nous a permis d’attirer un nombre important d’auditeurs sur le toit. Il nous est impossible de savoir combien y reviendront avant ou après notre départ, mais les espoirs sont bons que certains d’entre eux tentent une expérience semblable à celle de la radio Kayira., mais à beaucoup plus petite échelle.
Nous avons aussi créé des liens avec les maraîchers de Bamako. Nous sommes allés les visiter à quelques reprises, les avons inviter sur le toit à voir nos installations et discuter des problèmes que pouvaient représenter l’utilisation de l’eau des latrines pour l’arrosage des jardins. La difficulté avec cette problématique est que le gouvernement tient un double discours ; il encourage l’utilisation de l’eau des latrines lors des formations des maraîchers, mais condamne la pratique dans les médias. Les maraîchers croient donc, selon leur formation, que les plantes filtrent tous les produits toxiques contenus dans l’eau souillée. Nous en avons aussi profité pour leur demander plusieurs questions concernant leurs pratiques, les différents légumes disponibles, les techniques locales et autres questions essentielles pour le succès de notre propre projet.
Suite à l’initiative de Oumar Marico, nous avons reçu 4 femmes en provenance de la région de Kolondièba qui s’occupent d’une petite radio là-bas ainsi que d’un jardin. Nous avons expliqué nos modèles, nos idées et fait plusieurs formations sur différentes facettes de l’agriculture. Nous leur avons expliqué, par exemple, l’importance de la rotation des cultures, du compagnonnage, du compost, des insecticides naturels et autres astuces peu coûteuses pour augmenter les rendements d’un jardin. Ils nous ont aussi énormément appris sur l’agriculture malienne. Nous les avons d’ailleurs visiter pour regarder leur jardin et en apprendre d’avantage.
De plus, nous avons construit un « hangar » en bois et en paille sur le toit trois fois plus grand que celui qui existait auparavant. Ceci permet à plus d’une vingtaine de personnes de s’abriter du soleil sur le toit. Formations techniques, réunion de groupes, cours d’anglais ont ainsi pu être fait à toute heure directement sur le toit. Ceci est extrêmement positif pour le jardin et la radio. Il permet aux gens de s’approprier l’espace et donc le jardin.
Une activité majeure du jardin cette année est la venue des médias nationaux et autres sur le toit pour une entrevue concernant le projet. Pour se faire, nous avons invité les membres de la radio, les maraîchers et les assidus du jardin pour démontrer l’importance de celui-ci dans la communauté et l’engouement qu’il suscite chez les personnes qui le connaisse. Quelques 25personnes y était présent et un membre du groupe, Isabelle (Salimata Konné), a présenté le projet lors d’une courte interview télévisée.
Dans l’espoir que le projet continu à intéresser les gens après notre départ le 15 août, nous avons créé plusieurs documents expliquant les diverses dimensions de notre projet. Un guide technique expliquant nos réalisations, des affiches explicatives des projets toujours affichées sur place et un manuel expliquant les grands concepts de l’agriculture urbaine et les connaissances essentielles pour se lancer dans un tel processus. Nous comptons énormément sur l’équipe de la radio pour pouvoir rendre accessible ses connaissances à ceux et celles ne sachant pas lire. Nous souhaitons aussi qu’il partage ces documents avec les autres Radio Kayira puisque nous avons eu beaucoup de questions concernant nos techniques lors de nos différents voyages.
Le projet tire désormais à sa fin. Ne reste plus que le test ultime, qui, en soit, est plutôt difficile à vérifier. Nous souhaitons que l’intérêt pour le jardin ne cessera pas dès le départ des « toubabous », les étrangers. Nous espérons que les membres de l’équipe de la radio, et plus particulièrement ceux qui travaillent sur le jardin, sauront entretenir l’engouement que nôtre passage a soulevé. Nous repartirons cependant avec la satisfaction d’avoir atteint nos objectifs et de leur avoir donner les outils matériels et les connaissances pour pouvoir discuter aisément des différents aspects et idées que l’on retrouve sur le toit de la radio.

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