Le développement international fonctionne-t-il vraiment? : réflexions et le cas de la Coopérative d’épargne et de crédit des promotrices matures (CEC PROM MATURE) à Yaoundé

Auteur: Émilie Jabouin

Une vision cynique du développement international

J’ai fait des études universitaires dans la faculté des sciences sociales, au département de sciences politiques en Etudes internationales et langues modernes durant quatre ans, à l’Université d’Ottawa.  Cette institution me semble avoir donné une vision plutôt cynique du monde, tout en encourageant mon soutien pour la politique de gauche en général.

Très souvent, après la troisième année dans mon institution, tout élève étudiant en négociation internationale, gestion de conflits, développement international et mondialisation, ainsi que dans mon programme (et d’autres qui y seraient liés) vous feront part d’une perception semblable de l’état du monde : ‘les choses ne vont pas changer… Il n’y a pas d’espoir, … il y aura toujours des pauvres et des perdants là où il y a des riches et des gagnants… il y aura toujours une dépendance économique des pays, soit disant, en développement envers les pays dits développés… le système économique international est comme ça, tout le monde ne peut en profiter… les pays riches font des efforts pour aider les pays pauvres mais…Tout ce qui compte est le profit, c’est pour cela que les choses ne changent pas.’


Ce qui me frustre dans tout cela est que les choses peuvent en effet changer pour le mieux comme elles changent si souvent pour le mal!  Prenons par exemple des cas comme les crises des dernières décennies qui auraient pu être évitées si les gens rendaient leur compte et ne jouaient au casino avec de l’argent fictif.  Il y a aussi l’idée que, bien entendu, il y a aura toujours quelques uns au moins qui dans les conditions maximales seront pauvres, au chômage où qui ne sauront profiter des conditions propices.  Durkheim et ses théories sociologiques soutiennent ceci et sont même à la base de cette pensée dans la philosophie occidentale.  Mais ceci ne justifie pas que la grande majorité des pays qui ont été colonisés à travers l’histoire soient jusqu’aujourd’hui pauvres!  Ceci ne justifie non plus que les colonies dites du premier monde (à l’exemple du Canada et de l’Australie) ont vu une expansion considérable avec un montant limité de ressources, tandis que les plus anciennes colonies qui ont eu leur indépendance dès les années 1800s comme Haïti, le Mexique, et beaucoup d’autres pays de l’Amérique latine ne voient ce succès.  L’Afrique elle, a connu des indépendances au XXe siècle seulement, mais déborde de richesses naturelles!  Comment ces régions sont-elles donc toujours au bas de l’échelle internationale au point de vue économique et même social dans certains cas!  Je ne dis pas qu’il s’agit nécessairement d’une théorie de conspiration (comme m’en accuseraient beaucoup de personnes) de la part des pays riches souvent référés comme étant les pays des Blancs, mais plusieurs raisons qui soutiennent la pauvreté dans ces régions du monde mettent les pays occidentaux en partie en faute.

Et finalement, l’argument avec lequel je ne suis pas du tout d’accord est celui qui soutient que le monde tourne autour du profit, de ce qui peut rapporter le plus.  Je trouve plutôt que le monde fonctionne selon une philosophie de paresse.  Ce qui permet d’avoir plus vite et avec le moins d’effort possible est ce qu’on appelle souvent profit : le profit du temps et de l’argent, un point c’est tout.  Car si nous pensions réellement à notre profit, il serait beaucoup plus profitable de baser nos économies sur des économies d’éducation, plutôt que sur des économies de guerre; il serait aussi beaucoup plus rentable de pratiquer une agriculture et d’industrialiser le monde de manière écologique pour la durée de nos ressources naturelles, seules vraies moyens pour notre survie.  Donc l’argument du soit disant profit, moi, je ne le bois pas.

Le concept même de développement international adopte aujourd’hui une définition postmoderne selon une donne établie par les Nations Unies.  Le développement qui se fait en partenariat entre les pays développés et les pays en développement n’est pas seulement économique ou ne devrait pas se limiter à cet aspect.  Il faut un certain bien-être de la population telle la sécurité alimentaire, personnelle (assurance), de ses biens, etc.  Après des années d’aide au développement, les statistiques montrent que grosso modo, la situation des pays plus pauvres a empiré et que les pays déjà riches se sont enrichis davantage.  Ainsi, je me suis longtemps demandé si le développement international et toutes ses institutions ne cherchaient pas un certain profit comme définit ci-dessus.  Si le développement international vise à réellement permettre le développement, fonctionne-t-il de manière à accomplir ces objectifs-ci? Le développement international fonctionne-t-il vraiment?  Et dans quelle mesure?

De plus, les théories développementalistes ont souvent menti.  On l’a vu avec Rostow qui voyait le développement comme étant principalement et sinon uniquement économique.  Selon une vision semblable, les écoles telles que les Chicago Boys, et les racines du néolibéralisme radical soutenu par Thatcher, Pinochet et autres ont dévoilés leurs méfaits tôt après leur implantation.  Mais ceci n’a empêché l’imposition des programmes d’ajustements structurels sur les pays émergents.  Ce fut une aubaine pour l’Argentine qui a suivi au pied de la lettre ces conseils mais un désastre total pour le Brésil, deux pays de la même région.  Même des personnalités de l’Occident comme Stiglitz qui est l’ancien vice président et économiste en chef de la Banque mondiale, ont dénoncé les méfaits des mesures néolibérales de la mondialisation sur les économies du Sud.

Des décennies après la décolonisation, l’Afrique connait toujours des économies qui ressemblent étrangement aux anciennes économies de matières premières, typiques de l’époque coloniale.  Ainsi l’Afrique semble toujours sous le joug des anciens maîtres du au fait par exemple que des relations proches sont conservées avec les anciens pays colons qui attirent d’ailleurs à une vitesse inquiétante le capital humain de ces pays : professionnalisé ou non.[1] Et c’est dans ce contexte plus général que naît bien sûr le concept de développement après les grandes guerres mondiales et la création des Nations Unies en 1945.  Le développement devient un système institutionnalisé à partir d’une idée créée pour aider les pays non explorés à rattraper le développement européen.  Ce projet de développement s’est révélé une manière mesquine de piller les richesses d’empires et de structures anciennes à l’exemple du Congo Kinshasa et des intentions de s’enrichir du roi Léopold II, fin 19e siècle qui se plaignait de son petit royaume belge trop modeste à son goût.  A la conférence de Berlin, ce roi disait vouloir développer ce grand empire congolais.  Le résultat en fut une catastrophe, la mise en esclavage des populations, le pillage, la destruction de toute une civilisation et la réduite à la pauvreté d’un pays baigné de richesse naturelles, même jusqu’aujourd’hui. [2]

Jusqu’à lors, quand je pensais au développement international qui a quand même évolué mais dont les faits me semblaient toujours douteux, je me posais toujours mille questions avant d’accepter que ce projet, ou cette approche ou quoi que ce soit fasse un certain bien pour les pays concernés.  Il faut avouer, qu’il y a toujours des structures, organisations et individus qui sont restés dans une mentalité du colon et du colonisé même sur le terrain en développement international.  Ceci résulte en des histoires d’horreur comme raconté par une travailleuse d’un agence de développement canadienne qui raconte un fait passé en Sierra Leone où une femme s’est fait lapidée faute d’un conseil donné par des travailleurs sur le terrain.  On pourrait qualifier ces quelques faits d’incidents tout simplement, mais qu’en dit-on de pays comme Haïti qui reçoivent énormément d’argent et où des centaines d’organisations non-gouvernementales sont en place, mais qui ne se développent pas pour autant.  Ceci dit, beaucoup de magouilles politiques s’y faufilent.

Un témoignage, une preuve solide : le développement international fonctionne

C’est en poursuivant une entrevue pour une émission radio que je me suis rendue compte de ce qui fonctionne réellement dans le développement.  Dans la mesure où il y a du potentiel pour faire fonctionner et lancer le projet, une structure venant de l’extérieur peut fonctionner.  Dans le cas en question, il s’agit d’une structure bancaire de microfinance uniquement pour les femmes.  Celle-ci porte le nom de CEC PROM dont le sigle signifie la Coopérative d’épargne et de crédit des promotrices (matures, dans le cas de la filière à Yaoundé).  Elle a été mise sur pied grâce au financement du gouvernement canadien à travers un projet développé par l’ACDI (Agence internationales de développement et de coopération).  Ce projet visait à soutenir et encourager l’autonomie des femmes dans le cadre de la promotion de l’égalité des genres.[3]

L’entrevue poursuivie était avec Mme Yimbou, présidente du conseil d’administration de la CEC PROM MATURE.  Elle a fait le point de dire que comme à l’exemple des Madames Sara en Haïti, les Nanas Benz au Togo et les tontines plus généralement en Afrique, les femmes ont toujours su s’organiser et faire fonctionner une structure.  Ces dernières ont été, selon mon intervenante, les précurseurs de la micro-finance, une institution de tontines légalisées comme l’explique Mme Yimbou.  En effet, les tontines sont des femmes qui créent un réseau de prêt d’argent.  Elles présentent une forme informelle de système bancaire entre femmes.  Elles se trouvent surtout en milieux ruraux.  Leur grand désavantage est d’avoir un système non fiable pour le placement d’argent.  En proposant une structure formelle à un système féminin d’échanges de capitaux, la micro-finance a réellement contribué au renforcement des capacités des femmes.  Le pouvoir économique a fait maintes fois preuve d’ascension en termes de statut social, prestige et même d’influence politique et sociale.

La CEC PROM renforce leurs capacités en faisant d’elles des promotrices, c’est-à-dire, membres ou mutualistes et donc propriétaires de l’organisation.  En adoptant les rôles de promotrices de la CEC PROM, les femmes sont pleinement formées en termes de microcrédits et gestion.  La structure est basée sur le mérite, et donc que les candidats soient hommes ou femmes, tous ont accès aux postes de direction même les promotrices.  La présidente du conseil d’administration, Mme Yimbou dit avoir été élue par les promotrices à un poste qui lui lègue les décisions d’action de l’organisation.[4]

Cette structure a permis à la femme camerounaise d’avoir accès aux banques, car auparavant, l’argent et les institutions liées étaient réservés aux hommes.  L’accès à un certain pouvoir à travers la possibilité d’une gestion économique a permis aux femmes une plus grande autonomie et un savoir-faire en plus.  Ceci a donc résulté en un développement en termes de bien-être chez les femmes, mais ceci a aussi renforcé le pays en termes de finances car l’intégration et la participation des femmes dans un domaine ne fait que le renforcer.  Les questions de genre et ses enjeux n’ont pas du tout été négligés en micro-finance.  De plus, le potentiel au Cameroun est considérable.  Les femmes ont été prêtes à s’assumer.  Le gouvernement canadien et les institutions partenaires ont su bien cibler leurs investissements.

Suite à cette expérience, j’ai beaucoup plus confiance dans certaines actions menées par nos gouvernements et structures soutenues par eux.  Je me rends compte que le développement peut être très productif et que finalement il faut tout simplement faire plus attention aux besoins des populations et faire des pays de véritable partenaires au développement.  Il faut aussi qu’il y ait volonté dans le partenariat entre pays occidentaux et pays dits en développement, car sans celle-ci, le résultat ne peut être bon.


[1] Lectures diverses

[2] Hochschild, Adam: King Leopold’s Ghosts

[3] CEC-PROM Mature : Note de présentation des CEC-PROM

[4] Entrevue avec Mme Yimbou, presidente du conseil d’administration de la CEC PROM

1 commentaire pour le moment ↓

#1 Jean-Pierre CANOT on 03.08.09 à 3:14

Tout à fait d’accord, mais il faut déboucher sur du pratique.
Jaimerais bien vous envoyer mon livre: Apprends-nous plutôt à pêcher! et quelques textes sur le sujet. Dites moi où
Jean-Pierre CANOT

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