Buenas tardes todos…
Me voilà enfin établie dans mon désert, dans mon petit village aux airs de Far-West délabré. C’est petit, c’est carré, c’est beige, brun et poussiéreux.. C’est aussi froid à en faire de la buée à l’intérieur et brûlant à en avoir les joues rouge vif d’avoir trop accueilli le soleil. En d’autres mots, c’est grandiose. C’est différent. C’est rassurant.
C’est aussi une confrontation avec l’image qu’on renvoie en tant qu’Occidentaux, en tant que ceux qui peuvent se permettre de voyager. Ces »putos gringos » qui se promènent sans arrêt à Uyuni, y restent une nuit en transit vers le Salar (désert de sel), festoient, font du bruit puis quittent. L’étiquette nous est attribuée directement, avec raison, j’imagine. Ce fut quand même un plaisir de voir le visage surpris d’un homme à qui nous disons la raison de notre voyage : La radio lipez..A si? D’une dame dans l’autobus de Potosi a Uyuni (7 heures) qui s’étonne de nous voir si heureuses à la vue d’Uyuni, petit village perdu dans le désert…
Nous sommes établies, quasi en reines (sales et refroidies tout de même), dans une petite maison coquette d’une ancienne dirigeante syndicale du mouvement des femmes associé à la FRUTCAS. Envahissement complet de l’intimité de la famille qui a accepté de nous recevoir à… 9 ! Buée le matin dans la maison, eau courante en début de journée et manteau à l’intérieur à quasi toute heure du jour. Je n’ai d’ailleurs pas quitté mes combines plus de quelques heures depuis mon arrivée. Frette, il fait frette!
Nous avons vus nos lieux de travail. J’aime. Quelques petites maisons sans prétention (de toute façon la prétention n’existe pas à Uyuni) en brique, paille, calamina (tôle). Tout y est croche, tout y est chambranlant, froid, mais le tout s’anime de gens passionnés qui cherchent à défendre les droits des campesinos des environs. Une fédération syndicale clairement orientée politiquement.. en entrant dans le local de la FRUTCAS, Evo Morales se tient fièrement derrière le trône du directeur de la fédération.. Comme disait Mylène B : un peu comme si la CSN peignait le portrait de Stephen sur ses murs..
Ne vous y trompez pas, le temps, ici, n’a pas la même signification. On vous dit 30 minutes, pensez 1 heure, on vous dit une heure, pensez 2 heures. On vous dit : en punto, prenez le temps de rallonger ce point en quelques tirets.
Même les réunions officielles prennent le temps de se faire désirer. Une heure de retard pour la graduation de Ronaldo (le fils de la maison) à la mairie d’Uyuni. Décor bizarroïde d’ailleurs que ces lézardes dans le mur vert hôpital d’un édifice public, combinées avec les manteaux d’hiver des représentants officiels, le tout sur fond de portraits de colonisateurs, du moins de gens importants, décidément … blancs.
Premier aperçu du vide sidéral que représente Uyuni.. Comme disait Don Francisco, director ejucutivo de la FRUTCAS: »Aqui no llueve agua… pero llueve arena ».

1 commentaire pour le moment ↓
Plein de fougue, de passion , d’investissement,de lucidité,dans cette écriture fluide qui caractérise tous tes textes.
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