Rencontre inouïe

Auteur: Max Walker

photo_max.JPG

Depuis Merzouga, c’est à bord d’un 4X4 land rover 1990, habilement manœuvré par Moustafa, propriétaire d’une auberge, que je me rends à Rissani, Maroc.   Nous sommes le 8 Mars 2009.  Localisé au centre du Maroc, Rissani est incorporé dans la région administrative de Mèknes-Tafilalet. C’est une petite ville de 20 469 habitants située à 55km nord-ouest de la frontière algérienne.

Durant le XIIe siècle, Moulay Ali Chérif meneur intransigeant de la dynastie Alouite venue d’Arabie saoudite, établit ce qui allait devenir l’un des plus importants centres de commerces de l’Afrique. Cette spécificité s’est pérennisée dans le temps. Au XXIe siècle, les marchands locaux convergent inlassablement vers le souk le mardi, jeudi et dimanche. Il s’est avéré que mon périple coïncidait avec l’approche des célébrations du prophète Mohammed. En l’occurrence, le souk était particulièrement agité.

Une analogie avec l’agora permet de cerner l’ambiance du souk marocain. En dépit des contraintes linguistiques, mon intuition repère des indices qui laissent entrevoir l’importance du souk comme médium pour forger des relations sociales stables et durables. Le déterminisme économique n’est pas prépondérant, voire axiologique aux échanges effectués dans le souk.  Toutefois, un dicton révèle l’enchevêtrement de la sphère économique et sociale : le bon commerce fait les bons amis.

Titubant dans les méandres du souk, un homme et son fils m’invitent à regarder leurs produits. D’abord, je suis réticent. D’une part, je suis désenchanté par les arnaques touristiques. D’autre part, je suis emparé par une curiosité puérile. Finalement, je fléchis lorsqu’ils m’offrent un whiskey marocain (thé à la menthe). Le commerçant a dû apercevoir mon regard désintéressé apposé sur les objets poussiéreux. Il tente, en vain, de stimuler mes désirs avec des offres subreptices. Je luis propose une contre-offre aberrante. Inévitablement, il refuse. Je tente de m’incliner et de poursuivre mon chemin errant. C’est avec stupéfaction qu’il m’empêche de quitter sa boutique.

Il est acharné à vendre son produit, dans le cas échant une théière. L’échange commercial auparavant convivial c’est muté en événement ahuri. La dégénérescence de la situation expose en tandem les motifs qui ont incité ce revirement inopiné.  L’homme et son fils ont faim. Merde, ils sont faim! Un regard de désespoir s’apitoie sur moi. Je suis troublé, un sentiment d’aliénation s’empare de moi. Je braque l’homme et je me fuis. Quotidiennement j’aborde le thème de la pauvreté au travers des textes concernant les taux de pauvreté, le chômage, les conditions de vie, pourtant cette réalité théorique et virtuelle fait abstraction à la réalité tangible et vécu par des milliers de personnes.

En rétrospective, un concours de circonstances défavorable et fortuit a provoqué ce phénomène qu’est le fléau de la pauvreté. En 2004, une route relie dorénavant Rassini à Merzouga. Autrefois, les touristes devaient transiter par Rassini s’ils voulaient voir le désert du Sahara. Si le chemin a contribué au développement économique de Merzouga, il a inversement réduit la ville de Rissani à sa déchéance. De plus, les maigres recettes apportées par le tourisme sont dilapidées durant la saison morte, ce qui coïncide avec mon passage.

Il serait vain de réduire la pauvreté à un seul dénominateur. Il ne faut pas négliger les facteurs structurels de l’économie mondiale, les facteurs géographiques hostiles et ainsi de suite. Pourtant, selon le discours des citoyens, ils sont tous unanimes à exprimer leurs biens êtres. L’interphase est-elle opaque? L’eau dissimule peut-être une potion aliénant le peuple à leurs conditions comme le veut un mythe populaire. Reprenant les paroles d’un économisme néo-libéral : Attendez, tout ira bien. Inch’Alla.

0 commentaire ↓

Il n'y a pas encore de commentaire. Le formulaire ci dessous vous tend les bras....

Faire un commentaire

Spam Protection by WP-SpamFree