Les agriculteurs ne mangent pas à leur faim dans le « grenier à riz de l’Afrique de l’Ouest ». C’est la conclusion paradoxale de la rencontre avec les habitants du quartier N10 de Niono, qui ont partagé leur histoire et leurs revendications.
« La production ne suffit pas ; nous cultivons le riz et le mil mais l’Etat nous retire notre surface cultivable. Ceux qui en ont les moyens achètent des céréales pour avoir de quoi vivre, les autres meurent de faim », nous dit Mohammed. N’ayant pas l’accompagnement adéquat et manquant de fonds pour acheter l’engrais dont les prix montent constamment, les paysans ne sont pas en mesure d’exploiter les territoires au potentiel prévu par l’Office. Dans ces conditions, payer la redevance –de 67 000 francs CFA par hectare chaque année- est difficile, voire presque impossible pour certains.
Pour Kadija, recueillir ce montant exorbitant est un défi année après année. Elle et son mari étant âgés, ils n’ont plus la force requise par le travail des champs. L’Etat leur a retiré leur champ, leurs enfants ont été emprisonnés ; « nous n’avons plus rien », soupire-t-elle.
L’Office du Niger, entreprise parapublique qui gère le territoire irrigué du delta nigérien, distribue des terres aux paysans qui y cultivent à leur compte la canne à la sucre et le coton en échange d’une redevance. Si ce montant est impayé ou fourni en retard, les terrains sont saisis par l’Etat, et le fruit du travail de la saison perdu. Dans des conditions économiques difficiles –taux d’intérêts élevés, engrais coûteux, redevance en hausse-, l’agriculture est de moins en moins rentable, mais reste pour la majorité des habitants de la région la seule possibilité de générer des revenus. L’alphabétisation est un défi majeur, la collectivité n’étant pas en mesure de payer des enseignants pour envoyer les enfants à l’école. « Au Mali, l’enfant du pauvre n’est pas éduqué », nous dit Mamadou, paysan. « Nous n’avons personne au Mali pour nous défendre, sauf Oumar Mariko », ajoute-t-il.
Les habitants du quartier montent actuellement une caisse d’épargne en partenariat avec les radios Kayira. Le président du SADI dans le quartier recense les transactions illégales au niveau de la gestion des terres. Pour lutter contre les injustices dont ils sont victimes, la solidarité est de mise et les habitants ont opté pour la seule solution possible : l’action.
Maïmouna Diarra, Bamako

1 commentaire pour le moment ↓
trop bien cet article,enfin kelk’1 ki dit la verité!
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