Tout d’un coup, j’ai comme l’impression que le voyage est devenu urgent, qu’une pression m’empêche de prendre avec un grain de sable qui s’excuse le manque d’énergie et les interminables temps assis à attendre. Tout d’un coup, un jardin sur le toit et l’enthousiasme des projets connexes qu’y s’y greffaient se sont multipliés par quinze, tandis que l’humeur légère s’est un peu assombrie, la conscience un brin plus critique, peut-être inutilement pessimiste. Tenter de rester dans le positif et l’ouverture pour encourager la transparence et voir l’optimisme aussi.
D’un coup au senti trop réfléchi, jailli une motivation à produire de l’imagination, un discours qui voudrait savoir être honnêtement rassurant, un remerciement sans les mots ni la connaissance de la langue pour le dire plus fort, un encouragement qui porterait et un rapport filmé ou écrit, ou les deux, qui choquerait assez pour brasser le changement là où ça se décide. Ça semble tellement loin là où ça se décide. Egoiste et corrompu derrière un office à grands budgets détournés, à grands titres climatisés.
En dehors de Bamako il devient moins aisé pour l’âme sensible de camoufler la prise en compte de la vie des pauvres, la vie de ceux qui malgré leurs histoires qui nous assomment, savent vivre et accueillir, rire et raconter le drame entrecoupé de blagues et de leçons de cuisine avec le mortier et les montagnes de riz blanc à trier. En périphérie de Niono qui est déjà trop loin et trop odorant pour que les touristes y soient attirés, les stands à fruits où les dames en bazzins brillants vendent les bananes, les mangues, les ticas grillés, les pommes importées, la noix de coco, les beignets et même quelques légumes deviennent des nattes au sol où s’empilent les mangues seulement et où les vendeurs moins enrobés nous disent autant de toubabous, avec un air curieux mais plus humain. Au mali, il fait chaud, mais il pleut assez. Le climat c’est pas une raison. Les terres de l’état qui sont théoriquement emménagées pour la culture du riz et pour la subsistance du pays, terres qui paraissent tellement bien gérées sur papier qu’on félicite leur création avec des trophés et des investissements américains, investissements qui sont déjà détournés bien avant leur arrivée.
Elles sont encore nombreuses à être inutilisées, nombreuses à être vendues au privé alors qu’au village, plusieurs paysans sont sans terre malgré leurs demandes reçues et refusées sans raison donnée. Les champs sont de sable mais il y aurait bien assez de cultures adaptées. Le karité, les tomates, le gumbo, les patates, les oranges, les pamplemousses, les MANGUES, les haricots et les épinards qui grimpent, le rhonier, le palmier pour les fruits et le vin de palme, le zaba contre le palu, les pommes grenades, le mil, le sorgho, le riz si seulement on modérait un peu son éloge, … juste pour dire que c’est pas le soleil et la pauvreté inhérente au pays qui fait la faim. Les gens n’ont pas de tracteurs, on leur a dit que ce serait une bonne idée de s’en procurer et de faire comme nous ; de dépenser du cher pétrole tout en compactant leurs champs déjà appauvris par la monoculture imposée et mal gérée. Le chef et ses conseillers ne sont pas d’accord, ils savent que si seulement ils n’avaient pas à revendre leurs précieux bœufs de labour à chaque fin de récolte de riz insuffisante pour payer les redevances à l’état qui prête les parcelles, l’arrivée de l’hivernage ferait moins peur.
À la grande assemblée d’accueil, semblable d’un village à l’autre, les hommes et leur thé sont devant, les femmes qui font un tableau coloré, d’une beauté qu’une carte postale ne rendrait jamais et toujours mouvant derrière, et nous, les cinq assis et dégoulinants (encore), objets de regards et de cadeaux, avec nos crayons qui griffonnent incrédules. Une caméra qu’on encourage d’allumer à tout moment et à braquer même sur ceux qui nous pointent menaçants et peu rassurés de notre présence sur leur chantier de travail malhonnête. Les vergers sont rares, 80% de ceux qui prolifèrent et qui font que le dur et acharné travail résulte en une vie belle et bien vivable ont été coupés quelques semaines avant le jour de la si attendue récolte. Les paysans qui n’ont pas encore été achetés et qui luttent malgré le frein qu’on leur braque nous font faire le tour des lieux qu’ils ont peine à visiter. Les absurdités dressent un portrait qui s’explique avec éloquence.
Je comprend rien.
Aujourd’hui c’est la visite chez l’ambassadrice du Canada qui n’aime pas trop entendre parler de l’office du Niger mais qui se réjouit de voir que notre séjour est une expérience culturelle formidable. Elle est vraiment très sympathique notre ambassadrice. Aisha nous attend pour préparer le festin d’accueil de ce soir pour les nouveaux stagiaires qui sont tout frais débarqués. Ça fait drôle d’être l’habituée tout d’un coup et de constater que notre corps doit s’être un peu adapté tandisqu’on se plaint de l’air chaud que je trouve frais aujourd’hui.
On est rendus 14 utilisateurs de cet ordinateur alors je vous épargne encore bien des constats et j’arrête ici.
A bientôt,
Aminata, Foula Mousso, Diallo, Jacinthe…comme vous voudrez…

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