La dictature règne à Niono

Auteur: Suzanne Brunet

Nous revenons tout juste d’un périple de quatre jours en brousse, soit à Niono, un point chaud au Mali du point de vue politique. Au cours de cette fin de semaine extraordinaire, nous avons été surpris par une tempête de sable, nous nous sommes douchés en compagnie d’une colonie de cafards, nous avons dormi dans un sauna, nous avons pilé des oignons avec les femmes non sans déclancher des éclats de rires et divertir tout un village le temps d’un après-midi, nous avons nagé dans le fleuve Niger sous les regards interrogateurs des passants… toutefois, mon blog ne porte pas sur ces événements cocasses, certes, mais dénués de sens devant l’ampleur de la situation que nous avons rencontré là-bas. « Le Mali, c’est la démocratie, » nous répétait sans cesse le vieux chez qui nous logions, « mais Niono c’est la dictature. » Là où les gens meurent de faim et où la désertification est un problème sérieux, on rase des vergers luxuriants pour y construire des maisons que personne n’aura les moyens d’acheter, on force les paysans à cultiver du riz alors qu’ils souffrent de malnutrition, on exige d’eux des sommes exorbitantes pour irriguer leurs terres, mais on omet d’entretenir les canaux ce qui cause la perte des récoltes, mais n’exempte pas les gens de payer la redevance…


L’Office du Niger est un territoire irrigué appartenant à l’Etat et où l’on pratique la culture du riz. Par contre, la corruption fait en sorte que des milliards de dollars sont détournés chaque année et que des milliers de paysans se retrouvent sans terre, sans revenu, sans rien à manger. Devant l’ampleur du problème, je me sens impuissante. Je suis dépassée par la capacité des hommes à faire preuve d’égoïsme et d’une cruauté sans limite. Heureusement, le courage des villageois et la solidarité dont ils font preuve me réconcilient un peu avec la race humaine. Comment ne pas être gênée de me présenter devant eux, moi qui suis née dans un pays d’abondance et qui n’ai jamais connu la faim ? Et pourtant on nous reçoit comme des rois, on se bouscule pour nous serrer la main, pour nous offrir des chaises à l’abri du soleil, on nous offre à manger, on répond à nos questions avec beaucoup de patience et on met énormément d’espoir en nous. Je crois que nous avons beaucoup à apprendre des Maliens et de la simplicité avec laquelle ils embrassent la vie malgré les difficultés. Les rires et les chants trahissent une joie de vivre que même les esprits les plus malveillants ne sauraient faire taire.

Kaniba Souko

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