C’est à la tombée de la nuit, vendredi soir denier, le 14 mars, que près de 200 personnes se sont regroupées. Il y avait plusieurs tricycles pour handicapés mêlés à une foule pour voir un film qui était projeté en plein air dans le quartier Yantala, à côté du lycée Bosso et du local du Regroupement des Artisans Handicapés. Le film Le combat d’une femme: Fati Hamidou ou la victoire sur le handicape, de Jenna MacLellan et Amadou Souley « Koye », soutenus par le groupe Alternative Espaces Citoyens, se démarque par son engagement social à dévoiler l’autre côté du miroir de la poliomyélite, une maladie qui ne touche que six pays dans le monde, dont malheureusement le Niger. Le film est en réalité un témoignage d’espoir raconté à partir du récit de la vie de Fati Hamidou, une jeune femme qui malgré son handicape a su développer de multiples talents (chanteuse, athlète polyvalente internationale, couturière et militante féministe). La vie de Fati, depuis son jeune âge, a été celle d’une personne handicapée, mais elle a su surmonter plusieurs obstacles afin de se présenter aux autres personnes touchées par la polio comme un modèle de courage et de détermination. Nous voyons donc Fati parler de son travail de couture et de femme ménagère qui lui permettent de rester digne et de lui permettre de montrer au monde qu’une personne souffrant de n’importe quel handicap peut travailler, et même de manière plus large, a le droit au travail.
Nous la voyons également dans son tricycle roulant se préparant aux jeux olympiques de Beijing d’été 2008. Nous la voyons également parler avec grande estime de l’ONG CARITAS qui l’a prise sous son aile afin de lui fournir une éducation de base et de lui apprendre un métier. C’est dans un passage touchant de Fati qui chante, au crépuscule sur le bord du fleuve Niger, la préoccupation des étrangers pour le sort des atteints de la polio, que le film s’engage sur le chemin de la revendication sociale auprès du gouvernement. Malgré plusieurs personnes atteintes de la polio, le gouvernement ne met pas oeuvre aucune politique de soutient, et ne leurs accorde aucune aide pour des projets de leur part. Nous comprenons au gré du film que le principal espoir pour les handicapés des rues de Niamey et du Niger se trouve en eux mêmes, dans cette lutte contre le fatalisme de leur sort, dans cette lutte qui doit les pousser à entreprendre l’apprentissage d’un métier plutôt que de se laisser aller à la mendicité du au jour le jour. Le combat doit se faire au quotidien à partir de sa fierté, mais doit également être lancé sur le front des politiques gouvernementales qui n’ont pas encore compris tous les avantages de supporter des programmes pour le soutien, la réhabilitation et l’insertion des personnes handicapés dans le tissu social. Le film, à travers le témoignage de Fati Hamidou, montre, selon son exemple, qu’il est possible de se construire une vie et de la vivre pour la grandeur de la nation, et non en continuant de projeter l’image de personnes inaptes au travail, inutiles dans le tissu social nigérien, bref qu’on préférerait ignorer, délaisser du regard. Mais ce n’est pas comme ça, car Fati et d’autres personnes handicapées lèvent la voix pour qu’on les entende, et leur cri est si puissant qu’il devra être entendu jusqu’aux plus hautes instances du pays, car ces instances représentent le pays qu’eux aussi cherche à construire.
Non il n’en est pas ainsi, car selon l’image de Fati, il est possible de trouver sa place au sein de la société si on se sert de sa force intérieure et si l’on reçoit un support de ses proches, quitte à recevoir, et ce serait tant mieux, un support du gouvernement pour la suite des choses; après tout Fati s’est construite comme un symbole de fierté pour le Niger grâce aux nombreuses médailles qu’elle a gagnées dans des compétitions internationales. Sa participation aux Jeux Olympiques ne fera que renforcer ce symbole et renforcera du même coup le devoir du gouvernement nigérien de soutenir les personnes atteintes de la polio – handicapés , de la même manière que Fati supporte le Niger dans son désir de voir grandir la nation, et ce en en le faisant par ses efforts athlétiques chaque jour renouvelés, dans cet effort et cette détermination personnelle qui la poussent à se lever aux aurores et à s’entraîner fort. La fierté est vraiment le message porté par le film à tous les handicapés du Niger afin qu’ils se prennent en main et se construisent. Le devoir est le second message du film, mais cette fois ci adressé au gouvernement, afin qu’il puisse enfin entreprendre des projets de soutien aux différentes personnes handicapés du Niger. Si les ONG font un travail qu’on ne peux pas critiquer, et que l’institutrice de Fati à CARITAS clôt le film en disant que tout le monde doit être comme Fati, le devoir d’un État est bien d’agir sur tous les grands enjeux nigériens, dont le sort des personnes handicapées en est un de taille, et ce pour toutes les classes sociales.
Xavier Leroux.
Article publié dans le journal Alternative, à Niamey le 21 mars 2008.

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