Scandale Politique?! Jacob Zuma futur président de l’Afrique du Sud

Auteur: Violaine Brisebois-Lavoie

Pour ceux qui n’auraient pas entendu, depuis décembre, l’ANC (seul parti ayant la moindre chance aux élections Sud Africaines) s’est offert un nouveau président. J’en entends déjà me dire que l’Afrique du Sud n’est pas une fausse démocratie et que les élections n’y sont pas truquées. C’est vrai, mais je vous dirais que puisque l’ANC a libéré l’Afrique du Sud, la majorité de la population fait de voter en sa faveur son devoir patriotique. On peut donc affirmer avec une confiance quasi absolue que le nouvel élu sera président de l’Afrique du Sud en 2009. Mesdames et messieurs : Jacob Zuma!!!

En effet, Jacob Zuma (J.Z. pour les intimes… vous comprendrez ma surprise lorsque j’entends pour la première fois « Jay-Z for president! » Note au lecteur non-informé sur la scène urbaine : Jay-Z est un artiste rap américain). Toujours est-il que J.Z. est pour le moment inculpé d’une 20e de chefs d’accusation dont corruption, fraude, blanchiment d’argent et racketeering. Quoique comme lorsqu’accusé de viol il y a quelques années, il pourrait bien s’en sortir encore une fois en détournant l’attention populaire avec des propos ridiculement déprimants. Remarquez que cette fois, le défi sera de taille. Effectivement, comment surpasser en idiotie les commentaires émis par nul autre que « mista president » dans le passé? Je vous donne un aperçu. Lorsque le juge lui reprocha d’avoir commis l’adultère sans protection avec une femme dont il connaissait la condition médicale (i.e. VIH/Sida), il répliqua qu’il s’était douché par la suite! Au diable les condoms; viva l’hygiène post-coïtale! Viva!

Entouré d’un cabinet fort sympathique dont plus du tiers a un passé et/ou un présent plus que douteux, on peut tout espérer de ce chef zulu et son fameux chant « passes-moi ma mitraillette ». Je pense sérieusement me faire imprimer un chandail « entre Zuma et Mbeki, votez Chavez ». Malheureusement, je rêve en couleur… Depuis vendredi dernier, je foule la terre natale de la nation Zulu. À Durban, capitale économique du KwaZulu-Natal, il serait aussi prudent de marcher avec ce chandail qu’à New York avec un « I love Ben Laden » ou à Gaza avec un « Make peace, join Israel ». Pourquoi me direz-vous, supporte-on un tel leader?

Je vous donne un indice. Ça commence par « P » et ça finit par… « opuliste »! Vous pensez que j’exagérais avec son hymne « passes-moi ma mitraillette » mais c’est du solide! « Umshini wami » était une chanson de la lutte, proclamée par une branche armée de l’ANC (Umkhonto we Sizwe) pendant l’apartheid. Le fait que Jacob Zuma l’ait psalmodiée tout au long de son procès pour viol est en soi assez abject, plutôt indigne, passablement puant, relativement grossier, suffisamment révoltant, résolument infâme, carrément sordide, rondement ignoble et catégoriquement odieux! Thabo Mbeki répugne que les chants appelant aux armes soient glorifiés aujourd’hui dans un contexte où la violence cause de sérieux préjudices en Afrique du Sud. Cependant, Mbeki n’est pas arrivé, pendant sa présidence, à parler au peuple qui ne se reconnait pas dans ses discours aux tons de grands écrivains Anglais. N’y a-t-il pas de juste milieu entre « give me my machine gun » et « to be or not to be? » Plus dérangeant encore à mon humble avis, est le fait que la ligue des jeunes, la ligue des femmes et COSATU (syndicat de travailleurs et un des trois parti fondateur de l’ANC) chantent aujourd’hui gaiement « Umshini wami » avec leur leader. Car c’est leur leader, « l’élu du peuple », le « people’s president ».


La province la plus populeuse de l’Afrique du Sud est le KwaZulu-Natal. La langue la plus parlée à la maison est le zulu. Jacob Zuma est parvenu à s’établir comme étant ZE Zulu… « 100% Zulu boy » peut-on lire sur des t-shirts où Jacob Zuma nous sourit (parfois même, si vous êtes chanceux, vous apercevrez « innocent until proven guilty » à l’arrière). Et les gens sont tannés d’un Thabo Mbeki et ses discours d’académicien. Oliver Tambo, Nelson Mandela et Thabo Mbeki (les 3 derniers présidents de l’ANC) sont nés dans ce qui est aujourd’hui l’Eastern Cape et parlent donc xhosa. Cela peut paraître futile mais imaginez que votre « prime minista » soit toujours du même clan et que soudain, un franco roucoulant nouveau-genre à la mèche frivole se présente. Oui, oui, bien sûr, vous n’êtes pas du tout influençables par cela et restez très objectifs dans vos choix politiques…

« His papa was a garden boy, his mama was a house girl that is why he is my president. His papa was a garden boy, his mama was a house girl that is why one day I’ll be president. »

Mandela et Mbeki viennent de familles de classe moyennes, alors que Zumi a été élevé par une mère monoparentale qui travaillait comme domestique pour une famille blanche. Alors que plus de 60% des Sud-Africains n’ont pas la sécurité alimentaire et que les familles les plus démunies du pays dépensent plus du quart de leurs revenus pour avoir accès à l’eau, avoir un chef qui « comprend les pauvres » prend un autre sens. Ne s’aidant absolument pas, Mbeki déclare depuis qu’il perd les rênes du pouvoir que les supporters de J.Z. n’ont pas d’éducation! Sans vouloir paraître élitiste, il me semble évident que Jacob Zuma est mieux dépeint dans les journaux à potins que dans les journaux pour intellos. En revanche, dans l’incessant concours du politically correct, Mbeki tarde à impressionner!

Ne vous trompez pas, je ne suis pas plus une supporter de Zuma que de Mbeki, qui privatise plus vite que son ombre. Je tente seulement de comprendre. Comprendre où est la gauche Sud-Africaine qui est si présente dans la communauté et si fantomatique sur la scène politique? Comprendre pourquoi les femmes Sud-Africaines ne s’indignent pas d’être condamnées à être représentées par un machiste polygame sans scrupule? Pourquoi les autres ethnies Sud-Africaines ne tremblent pas lorsque revient en politique le fantôme de la fierté raciale?

À ceux qui seraient tentés de me dire que je suis le portrait craché des impérialistes déguisés en travailleurs humanitaires en posant mon regard sur une aberration Sud-Africaine au lieu de critiquer ma propre culture – ça m’est arrivé je vous le jure! – je répondrai ainsi : Pourquoi je ne m’ennuie pas de la commission Bouchard-Taylor?

3 commentaires ↓

#1 Xavier 'nabab' Leroux on 05.02.08 à 13:23

Salut Violaine,

como esta, todo bem, sua familia, a saude, esta cançada? Tu sais, la gauche c’est une grande idée, elle doit regrouper tous les travailleurs, les opprimés, les sans-droits, les sans-papiers, etc…un seul problème, les gens qui la composent sont constamment en train de se disputer sur les politiques à suivre, sur les programmes à mettre en place, sur les nouveaux enjeux face au renforcement des patronats et des politiques gouvernementales de droite. Pendant ce temps, les mouvements de droite, déjà bien établis font le bon jeux. Quand la gauche réussit à s’imposer, ça ne dure jamais longtemps, et son règne est trop souvent basé sur des compromis sans fin. Voir le cas de l’italie de R. Prodi. De plus, la gauche est prisonnière de la rivalité entre les intellectuels, les penseurs, les universitaires et les hommes qui ont trouvé leur voie dans les mouvements syndicaux, dans les regroupements sociaux, dans les partis politiques d’opposition marginalisés, bref des hommes qui ont préféré l’action directe, la revendication, descendre dans la rue. Trop souvent les uns méprisent les autres, la communication ne passe pas, et rares sont les femmes et les hommes qui fréquentent les deux milieux. Je parle sans doute à travers mon chapeau pour plusieurs. Toutefois, pour construire de mouvements de gauche, ça prend des bonnes idées, de bons projets, et ça prend également des femmes et des hommes qui travaillent dans le concret de l’action et des résultats, des revendications. Les deux doivent s’appuyer, aussi non c’est la débandade: pas de projets concrets sur le long terme, ou pas de réalisations assez radicales pour satisfaire les populations et les mouvements communautaires face à l’avancée du privé et du patronat. C’est ce que je peux te dire pour l’instant (se llembra do YMCA?). Alors il y a des pays qui ont pu implanter de réelles réformes sociales: l’Argentine et le Brésil en auront fini avec les impositions du FMI et de la Banque mondiale, mais auront-ils le temps d’aller plus loin avant que leurs mouvements de gauche ne s’entre-déchirent ? L’Afrique du sud va-t-elle élire un président populaire sans réel projet pour se rendre compte par la suite que ce ne repose sur rien au long terme ? Les univesitaires seront-ils capables de dépasser leur présent stade d’isolement intellectuel et vulgariser, intégrer les sphères sociales, les mouvements communautaires le laisseront-ils les pénétrer. L’acceptation des critiques réciproques est un processus difficile, car cela implique que chacun se remette en question. Mais c’est selon moi nécessaire. Les gens qui méprisent les penseurs, les intellectuels, les universitaires n’iront nulle part. Les universitaires, les penseurs, les politiciens, les intellectuels qui méprisent les bases sociales populaires eux aussi n’iront nulle part. Tous resteront dans le panopticon de leur méfiance réciproque.

« Selon Winter, les Ambas constituent une communauté particulière. Certes, à l’instar des autres peuples du continent, ils prennent au sérieux l’existence du mal et du danger que représentent les sortilèges. Par conséquent ils craignent et haïssent les sorciers. Mais contrairement à la croyance généralement répandue selon laquelle les sorciers vivent chez les autres, agissent de l’extérieur, à distance, les Ambas sont persuadés que les sorciers vivent parmi eux, dans leurs familles, dans leurs villages, qu’ils font partie intégrante de leur peuple. Cette croyance est à l’origine de la désintégration de leur communauté, qui est dévorée par la haine, détruite par une suspicion réciproque, anéantie par une peur généralisée: le frère a peur du frère, le fils a peur du père, la mère de ses propres enfants, puisque tous peuvent être des sorciers. » Ryszard Kapuncinski – Ébène. Aventures africaines, citant Winter, p.218.

Une grande leçon de vie sur la méfiance mutuelle et la non coopération.

Salaam ma soeur. Boa sorte para você irmazinhia, a lua nao esta cheia, mais cada um seu caminho na ecuridade.

#2 Mgwili on 08.02.08 à 3:37

Heyi wena sisi Violane ubaba u Zuma uzokubulala engakubona lokhu okulobe lapha! Ngileqiniso akasoze athi istraktsha sakho uyasithanda engabona lokhu! Kodwa, hhayi, uyakwazi ukubhala mntanabantu, bengizama lami ukuthi ngizwisise ukuthi ub’ uthini nanku lo Marie ebengincedisa. Sharp, sharp!

#3 Candis Villafana on 26.02.13 à 1:45

Very wonderful info can be found on web site.

Faire un commentaire

Spam Protection by WP-SpamFree