Lipsynch et royauté

Auteur: Gabrielle Lamontagne-Hallé

Yaoundé, 3 juillet 2012

Il y a des moments, en voyage, où les impacts de la mondialisation nous frappent de plein fouet. Après 13h de vol, on ne s’attend pas nécessairement à manger une omelette avec de la baguette française, attablés un matin sur une terrasse de Bandjoun. On ne s’attend pas non plus à voir une célébration de mariage s’ouvrir avec une performance de lipsynch sur « Je ne vous oublie pas » de Céline Dion. Et pourtant…

Pourtant, plusieurs traditions sont encore (une chance) profondément ancrées dans la culture africaine. Et c’est au cours de ces mêmes mariages, auxquels Marie-Élaine et moi avons été conviées avec nos parents la fin de semaine dernière, qu’on peut le constater. Vendredi soir, à l’Ouest du pays, nous assistions à un mariage coutumier, la première étape des célébrations nuptiales, où doit être présentée la fameuse demande en bonne et due forme. Mais ladite requête ne peut être formulée sans que les deux familles n’argumentent d’abord dans ce qui s’avère finalement être un jeu de rôles interminable.

Ainsi, pendant plusieurs heures, les prises de bec se multiplient dans la langue locale dont seuls les natifs de Bandjoun peuvent saisir les subtilités. La belle-famille fait mine de ne pas trouver la mariée, annonce ensuite qu’elle est toujours à Yaoundé et qu’il faut la faire venir (en bref, ils revendiquent quelques billets à la famille du marié). Ils rencontrent ensuite plusieurs péages routiers, pannes d’essence et autres contrôles qui multiplient les occasions de reconstituer la dot de la mariée. Car au Cameroun, c’est la famille du marié qui fournit la dot. Et c’est au terme de ces échanges abrupts mais pleins d’humour que les belles-familles partagent avec les mariés une boisson traditionnelle (qui unira à jamais ces deux familles) et qu’est finalement servi un copieux repas aux convives affamés…et disons-le, pour certains, endormis sur le dossier de la chaise de devant!

SA MAJESTÉ

Lorsque le lendemain, avant notre départ pour Mbanga (où nous étions attendus pour un mariage civil cette fois), Marie-Élaine et moi avons été présentées au roi de Bandjoun, nous avons aussi compris que le colonialisme n’était pas venu à bout des unités administratives traditionnelles. Si les rois sont depuis devenus des chefs et que leurs royaumes sont désormais des chefferies, il n’en demeure pas moins qu’ils occupent une place considérable dans la communauté.

« Imitez les hommes! », nous a soufflé notre mère lorsque les hommes en notre compagnie se sont alignés, le dos droit, en fixant la porte du bâtiment principal. C’est à ce moment que nous avons compris que sa majesté nous honorerait de sa présence en ce samedi matin. Et tour à tour, nous avons été présentés au roi, qui nous a même accueillis dans son grand salon. Disons que j’étais petite dans mes shorts-gougounes lorsqu’il s’est posé sur son trône de bois sculpté assez haut pour que ses pieds ne touchent pas le sol!

Le chef héritant des femmes et des enfants de ses prédécesseurs, le roi de Bandjoun a à son actif quelques soixante femmes. Ainsi, de chaque côté de la grande case familiale surmontée d’un toit conique en fibres végétales, sont alignées plusieurs cases traditionnelles sur le même modèle où vivent les quelques soixante femmes et leur enfants.

Au mariage civil (l’étape qui suit normalement le mariage coutumier), auquel nous avons assisté à Mbanga, près du littoral, cet après-midi-là, nous avons d’ailleurs bondi sur nos chaises lorsque le maire a demandé au marié s’il choisissait le système polygamie ou monogamie comme on dit « thé ou café? ». « Ah, c’est vrai, ça existe encore ici. » La bonne nouvelle, c’est qu’à la réponse « monogamie », le public a jubilé bruyamment.

Mais la mariée, elle, n’a pas eu le choix… maudite vie!

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