Nous l’avons suivi dans une petite maison faite de planches de bois espacées, d’un plancher de terre et d’un toit en tôle. Il y avait deux jeunes filles avec leurs maris et cinq enfants. Nous nous apprêtions à commencer une entrevue avec ces deux jeunes femmes. Elles tenaient chacune un poupon dans leurs bras.
On demanda à une des sœurs :
- « Quelle est ton opinion sur la grossesse de ta soeur de 15 ans » ?
- « Je trouve ça normal. »Répondit-elle.
Normal ? Qu’est-ce que cela veut bien dire ? Que c’est normal d’avoir un enfant à cet âge ? Que c’est commun ? Qu’elle ne voit rien qui pourrait poser problème au fait d’avoir un enfant à cet âge ? Que cela est souhaitable ?
Johanna est tombée enceinte à quinze ans. Aujourd’hui elle a seize ans et son fils a cinq mois. Elle a huit sœurs, dont plusieurs ont eux des enfants à un très jeune âge. En discutant plus longuement nous apprenions que la mère de Johanna était partie de Santo-Domingo depuis un an et son père ayant des problèmes de consommation d’alcool, était complètement absent. Les sœurs s’offrent donc entre elles, le support dont elles sont capables. Pour Johanna, son enfant est « un cadeau de Dieu » certes, mais dans quelles conditions de vie son petit grandira-t-il? Dans quelles conditions de vie grandira-t-elle, elle aussi, cette jeune fille de 16 ans ?
L’Équateur est un des pays d’Amérique du Sud avec le taux le plus élevé d’adolescentes enceintes. Parmi ces jeunes filles, 11% de celles ayant complétées leurs études secondaires ont eu des enfants durant leur adolescence. Chez celles n’ayant aucune éducation, ce taux s’élève à 43%.
Johanna a son secondaire deux. Elle espère pouvoir terminer ses études à distance l’an prochain. En ce moment, son copain pourvoit à ses besoins et à ceux de son fils. Cette situation de dépendance est très commune en Équateur, et a un impact encore plus important sur la vie des adolescentes enceintes. Jeunes, sans revenu propre, sans éducation ; ici, ces conditions engendrent souvent un cercle de pauvreté se reproduisant de génération en génération.
Quand les droits précèdent la justice
Ici, les normes sociales sont encore plus fortes que les droits. S’il y a de l’éducation sexuelle obligatoire au secondaire en Équateur, il est incontestable que les moyens de contraception sont sous-utilisés chez les jeunes. S’il les femmes ont un droit sur leur corps et de décider du nombre d’enfants dont elles souhaitent avoir, leur capacité de revendiquer ces droits dans leur société est encore réprimé.
Tabous ? Refus du partenaire ? Craintes ? Les jeunes filles vivant dans les milieux défavorisés et ayant peu d’éducation sont les plus susceptibles d’être prisonnières de cette culture du silence, de soumission et de manque d’informations. Leurs droits de décider de leur corps sont donc bafoués par la société, par leur propre communauté.
Aujourd’hui en Équateur, on veut les responsabiliser, les aider à planifier leur vie. Le gouvernement crée des programmes axés spécifiquement sur la planification familiale de ces jeunes. Parfait ! Mais il faut aussi responsabiliser la société.
En discutant avec le groupe de stagiaires ce midi, un constat s’est établi : ce sont aussi les parents qui devraient recevoir des ateliers sur l’éducation sexuelle pour leurs enfants.


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