Un Jardin Sur le Toit de Radio Kayira

Auteur: Yacouba Sogoba

Projet d’innovation et d’anticipation, le jardin sur le toit de radio Kayira à Bamako est à la fois un projet de développement visant à favoriser les initiatives collectives et individuelles de la société civile autour des diverses problématiques touchant l’agriculture urbaine et périurbaine au Mali.

Inspiré par l’ONG canadienne Alternatives de divers projets de culture hors sol mis en place depuis les dix dernières années dans la ville de Montréal, il est en phase d’expérimentation au Mali depuis 2007 en partenariat avec l’Association  Radio Libre Kayira dont le siège porte le premier modèle sur son toit. Financé par le programme Québec Sans Frontières (QSF), ce projet a comme objectif de transformer les espaces inutilisés tels les toits, les balcons et les terrasses des centres urbains en espaces utilisables pour sa propre alimentation.

Pour ce faire divers matériaux peuvent utilisés comme des bacs  fabriqués à cet effet, ou  du matériel de récupération  comme les vieux pneus de voiture et de camion.

Le Contexte de l’agriculture urbaine au Mali

L’économie du Mali repose essentiellement sur le secteur agricole, qui occupe près de 80% de la population active et contribue pour plus de 60% aux recettes d’exportation  provenant du coton,  du bétail et des céréales  (comptes économiques du Mali, INSTAT).

En milieu urbain, l’agriculture est pratiquée par les maraîchers et constitue un secteur d’activité tant pour le nombre d’emplois directs et indirects qu’elle crée, que pour sa contribution à la croissance par la quantité de produits qu’elle fournit à la population urbaine.

Ces dernières années, l’urbanisation rapide de Bamako exerce une pression foncière qui confine les activités agricoles  sur des espaces de plus en plus réduits, parfois  inappropriés à cause de la pollution du sol ou de l’eau. C’est le cas de l’ancienne aviation de Hamdallaye autrefois occupée par les maraîchers et  qui est l’actuel ACI 2000, plus beau quartier de Bamako, avec ses hôtels de luxe, sièges des grandes banques, représentations diplomatiques. C’est aussi le cas des deux rives du fleuve Niger où les espaces qui servaient au maraîchage sont de nos jours occupées par les complexes hôteliers, les sièges des banques, et plusieurs  résidences luxueuses.

La  diminution des espaces consacrées au maraîchage provoque une baisse des quantités produites de légumes, tubercules et autres produits maraîchers. Le rendement étant directement proportionnel à la superficie cultivée, plus cette superficie se réduit plus le rendement baisse. Cela  provoque une baisse de l’offre des produits maraîchers et du revenu des maraîchers.

A l’inverse la raréfaction des superficies cultivables provoque une augmentation de la rente (loyer de la terre), comme c’est le cas des espaces le long  des chemins de fer à Bakaribougou et Sotuba.

Pour améliorer leur rendement et leur revenu,  malgré le manque d’espace,  et pour faire face à une demande toujours croissante liée à l’augmentation de la population, les maraîchers utilisent de plus en plus les engrais chimiques, les insecticides et les semences OGM (enquêtes de l’auteur, août 2010).

Dans la mesure où les produits maraîchers se consomment crus, les éléments que les plantes assimilent sont directement transmis à l’homme. Ce qui n’est pas sans  conséquences sur la santé publique. Plusieurs maladies peuvent être directement liées  à l’utilisation des engrais, des insecticides et des produits phytosanitaires (Yves GAGNON, La Culture Ecologique pour Petites et Grandes Surfaces, 3ème édition,  les éditions Colloïdales 2003). De plus, leur utilisation représente un risque majeur pour la qualité de l’eau utilisée pour l’agriculture, la consommation humaine et animale.

Enfin l’augmentation continue des prix des produits maraîchers due à l’augmentation des coûts de production (rente, impôts et taxes, intrants, transport)  exclue une frange importante de la population urbaine, à faible revenu, d’une consommation régulière de produits frais les privant ainsi d’une alimentation riche et variée.

C’est dans un tel contexte que se situe le projet de jardins sur les toits de l’Association radio Libre Kayira, en lien étroit avec sa mission de défense et de protection de la cause des couches défavorisées.

Pourquoi  des  jardins sur les toits au Mali

Le projet de Jardins sur les Toits est une vitrine, une pionnière et une alternative pour la production de produits maraîchers en milieu urbain et périurbain.

Il  montre que des espaces peu ou pas utilisés d’habitude comme les toits des maisons, les balcons, les arrières cours et les devantures des habitations peuvent être utilisés pour produire les légumes, tubercules et feuilles indispensables à une  bonne et saine alimentation de la population.

C’est donc  un projet qui  lutte contre la mal nutrition.  Les personnes qui ont un revenu faible ont désormais  la possibilité de cultiver leur propre jardin à domicile. Il contribue aussi à la souveraineté  alimentaire dans la mesure où si l’expérience se généralise, il y a  une croissance de la production de produits maraîchers, ce qui réduit d’autant la dépendance aux  produits importés d’Europe ou des pays voisins par effet de substitution.

Le projet jardins sur les toits est un projet de santé publique par un contrôle plus facile de la qualité  des produits maraîchers (souvent cultivés dans des endroits ou avec de l’eau pollués), par le verdissement et l’embellissement des lieux contribuant  au refroidissement et à la purification de l’air.

C’est un projet de protection de l’environnement par  l’utilisation de matériaux de récupération.

Au Mali l’agriculture urbaine est assez laissée pour compte dans la mesure où en ce moment elle ne fait l’objet d’aucune politique de développement.

Dans un contexte mondial de crise alimentaire, de crise de l’eau, de cherté de la vie et de prolifération des OGM, il est souhaitable que les villes maliennes accordent  toute son importance à l’agriculture. Elles devraient l’intégrer dans leurs programmes et plans d’urbanisation dans une  perspective de développement durable.

Yacouba SOGOBA,

Superviseur du projet Jardins sur les Toits de Kayira
Bamako / Mali,
Stagiaire réciprocité à Alternatives
Montréal, été 2011

1 commentaire pour le moment ↓

#1 Assane on 10.10.12 à 18:41

C’est une bonne initiative dont je rêve de réaliser chez moi.

Faire un commentaire

Spam Protection by WP-SpamFree