Pourquoi l’agriculture urbaine à Bamako? Cette phrase a résonné dans ma tête comme une cymbale retentissante tout le long de la formation pré-départ. Comprenez mon interrogation, je m’interrogeais sur la pertinence d’un projet de ce genre pour le continent noir parce que je ne voyais pas ce que nous occidentaux, pouvions aller apprendre aux africains dont l’agriculture constitue une base essentielle de leur économie. C’est vrai que notre projet a une spécificité, il ne s’agit pas de l’agriculture dans son ensemble, mais de l’agriculture urbaine, c’est-à-dire l’agriculture qui est pratiquée dans les villes ou dans les zones en périphérie des villes. Même avec cette spécificité, je n’en voyais pas la pertinence. Il faut dire qu’ayant quitté l’Afrique assez jeune, j’en avais gardé une image assez romanesque; pour moi elle était une étendue de terre verte avec des personnes résilientes, qui savent faire face aux difficultés dans la joie et qui possède toutes ce lien spécial avec la nature, qui leur permet de comprendre les plantes, la terre et ses besoins. J’étais bien sûr au courant de l’exode rural qui sévit dans les contrées africaines, qui a vu tant de villages perdre la force de leur jeunesse pour l’illusion de réussite qu’offrait la ville avec ses entreprises et les nombreuses affaires qui peuvent s’y faire. Encore là, je me disais que même ces jeunes néo-urbains africains n’avaient pas besoin qu’on vienne leur parler de jardin collectif, de bacs de jardinage, de compost, parce qu’ils l’avaient dans le sang. Comme je me trompais.
C’est vrai que les personnes avec qui j’ai parlé ont toutes plus ou moins des notions en agriculture, un peu comme moi d’ailleurs, mais leur mode vie est tellement axé sur la notion de survie, qu’ils ne voient pas tout le potentiel alimentaire qui se cache en arrière du concept de l’agriculture urbaine. C’est non seulement une façon de se réapproprier l’accès à de la nourriture saine, mais c’est aussi un pied de nez à toutes les grandes compagnies agroalimentaires qui jouent à la bourse avec des denrées essentielles pour la survie des populations. C’est une façon pour le peuple de Bamako de reprendre possession de leur terre, de leur espace et de décider eux-même ce qu’ils veulent en faire. C’est ainsi qu’on gagne son indépendance, un espace à la fois, un jardin à la fois.
Pour arriver à atteindre cet objectif d’autonomie alimentaire, il faut encore passer par certaines étapes, trouver un espace, trouver de la terre, enlever les roches, enrichir la terre, semer, arroser, désherber, arroser encore, utiliser de l’insecticide (qu’on aura préalablement préparé avec du neem), arroser encore et après toutes ces étapes on peut enfin récolter. C’est vrai que quand on considère toutes ces étapes, on comprend qu’il peut être assez difficile pour une personne qui est habituée à rechercher sa subsistance quotidiennement, de s’investir dans un projet dont l’aboutissement n’arrive pas immédiatement. Mais c’est justement ça le défi, abandonner des projets qui ne font que soigner superficiellement la plaie pour adopter des projets à long terme qui à la longue referont de l’Afrique une étendue d’espaces verts avec des africains maîtres de leur destin.

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