Nous nous sommes mis dans la merde en venant ici à Santo-Domingo. C’est hier, assis en groupe autour d’une table que nous nous en sommes rendu compte. L’atmosphère entre nous était calme et détendue alors que nous parlions tous de ce genre de principes de vie que nous voulions suivre : le principe de mise en danger. Le groupe y adhère à merveille. Nous sommes tous les 7 à la recherche du danger qui permet d’apprendre, et nous sommes heureux d’être en plein dedans et de se sentir en vie, ici, à Santo-Domingo.
Mais, pas besoin d’être dans une ruelle sombre et louche d’un barrio, d’embarquer à 8 personnes dans une petite voiture filant à toute vitesse sur une route trop étroite, ou de manger de la street meat pour se mettre dans le pépin. Alors, quelle est donc cette situation difficile au sujet de laquelle nous discutions l’autre jour autour de cette table? Pour moi, elle est la suivante : dans moins d’une semaine, je vais commencer à donner des ateliers sur le cinéma documentaire à deux groupes de 25 jeunes adolescent-es équatorien-nes, avec comme thème les droits des femmes en Équateur, le tout, bien sûr, en espagnol. Si l’on remet les choses en perspective : uno, je n’ai jamais animé un groupe de jeunes; dos, je jase difficilement 2 phrases de suite en espagnol; tres, je suis comme un extra-terrestre dans le monde des droits des femmes. On gages-tu que ça va être toute une aventure? Mais voilà justement! C’est ça le but. S’il n’y a pas d’antagonisme, s’il n’y a pas de mise en danger, c’est le statut quo et on n’apprend jamais rien. C’est ce qu’on s’est dit : pourquoi rester tranquille à Montréal quand tu peux aller te mettre dans le trouble ailleurs.
Et donc dans ce groupe, il y a 7 histoires comme celle-ci, 7 défis personnels, 7 stagiaires qui viennent se changer les idées – dans le sens le plus direct que peut prendre cette expression – à travers ce projet qui ne changera pas le monde, mais qui représente quelque chose de beaucoup plus grand que nous et ça, ça fout la chienne. Et on se demande alors ce qu’on peut bien venir faire dans cette galère. Quelle histoire… Je me rappelle les 6 mois que j’ai investis dans la préparation de ce projet, que j’y ai consacré presque toutes mes fins de semaine, que j’ai dû vendre à un moment une partie de mes biens pour vivre parce que je n’arrivais pas à trouver un travail (à l’entrevue, les employeurs me remerciaient tout de suite poliment de m’être déplacé lorsqu’ils apprenaient non sans une certaine perplexité que je n’étais jamais disponible la fin de semaine, ni la plupart de soirs de semaine finalement. Tout ça pour un projet de bénévolat en coopération internationale. Ah!…Bon). Je me rappelle aussi les interminables levées de fonds après levées de fonds qui drainent toute ton énergie et ton temps pour un maigre 60$ qui n’aidera à financer qu’une petite partie du projet. Sept histoires comme celle-ci dans ce groupe. On est vite tenté de se dire : tout ça pour venir me mettre dans la …
Paradoxe encore, c’est à ce moment que tout s’éclaire. Sans tout ce temps et cette énergie investie avant notre départ, jamais notre groupe n’aurait pu avoir la dynamique qu’il a en ce moment, jamais je n’aurais vécu ces derniers mois si intensément, et jamais je n’aurais rencontré ces personnes, ces amis, qui m’inspirent et m’impressionnent tous les jours. Mais par-dessus tout, je n’aurais pas eu la chance d’être ici et de pouvoir transmettre la passion et le désir du cinéma, d’assister à l’éveil de ces jeunes sur le point de découvrir toutes les possibilités de ce médium fantastique. Avec cet outil entre les mains, peut-être seront-ils une génération qui saura représenter la réalité d’ici pour être un moteur de changements sociaux, le cœur d’une nouvelle communication collective et communautaire. Finalement, je suis content d’être ici. Et toutes les difficultés du projet, tous les « dangers » auxquels je m’expose, toutes les fois où j’ai dit merde! , ne font que rendre ce projet plus essentiel.
En lisant ce blog, vous faites maintenant vous aussi partie de ce projet. Il sera mis à jour régulièrement tout l’été. So stay tuned !


6 commentaires ↓
Très inspirant, ce texte. Quelle expérience! bravo!
Je suis sans mots devant ce blog que mon propre fils écrit dans un français impeccable et une pensée très articulée. Mais surtout, je suis touchée par les sentiments et émotions qui t’ habite, toi et les tiens. L’expérience du danger sera très nourrissante. J’ai hâte de lire le prochain blog. Affectueusement, Mariette.
Merci Félix de nous faire partager vos expériences.
« pourquoi rester tranquille à Montréal quand tu peux aller te mettre dans le trouble ailleurs. » J’adore.
Mais surtout, me touche l’envie de se dépasser pour une cause qui fait du sens… Salut Félix!
Continue ton beau travail Félix, tu es sur la bonne voie. Se mettre dans la merde, qu’est-ce qu’on peut faire de plus fort dans la vie? De plus intense? Le risque, l’apprentissage, la découverte, se heurter à la diversité, à ce que nous sommes et ne sommes pas. Bravo
Se retrouver devant le fait accompli, dans une situation où t’as pas le choix de goaler en cr&%#…c’est comme ca qu’on apprend!
J’suis convaincu qu’en revenant, ton espagnol va être parfait, tu va être un dieu de l’animation de jeunes et tu va être un érudit du droit des femmes en Amérique du Sud.
T’es hot Félix!
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