
Assemblée du Colisée municipal
«Nous demandons à toutes les délégations qu’elles se soumettent à cette grève, à la fédération des professeurs, aux commerçants, aux journalistes… Dès maintenant, nous entrons tous en grève. Nous allons organiser des blocages de routes, nous formerons un comité de grève», s’exclame le président des juntas vecinales (regroupement de quartiers) sous les hurlements approbateurs de la foule. Et puis, à la sortie du Colisée municipal, les restaurants, les commerces et les marchés de la ville ferment uns à uns boutique. Pas de lumière dans les rues, faute d’électricité. Une commerçante téméraire a gardé son commerce ouvert. Ce sera jusqu’à demain matin dix heures nous avertit-elle avec un geste de dépit, après ils viendront m’avertir de fermer.
Depuis quelques jours déjà, il est presque impossible de trouver des légumes ou du gaz au marché local. Les blocages de route autour de la capitale départementale, Potosi, qui perdurent depuis le 29 juillet, rendent les approvisionnements et les déplacements difficiles à Uyuni. Lorsque nous sommes revenus d’une visite à la plante de lithium le 10 août dernier, des paysans du village voisin attendaient notre jeep avec une brique et un fanal. Quand notre chauffeur a enfoncé son pied sur l’accélérateur, défiant le barrage, nous nous sommes écrasés dans nos sièges. Pas plus d’une quinzaine de campesinos, hommes et femmes de tous âges qui gardaient ce tronçon de route, ont lancé roches et bâtons en direction de notre voiture, qui heureusement s’en est tirée indemne.
C’est pourquoi actuellement, les agences de tourisme d’Uyuni gonflent les prix afin de permettre aux touristes de sortir de la ville et ce, en pleine nuit afin d’éviter les barrages. Bientôt, on ne verra plus de tuques multicolores, de gilets en alpaca et d’appareils photos, les touristes auront tous decidé de plier bagage. Leurs ambassades respectives font déjà pression sur les autorités de la ville.

Une des seules femmes à avoir pris la parole
Et le pourquoi initial de cette grève? La frontière floue entre Potosi (Coroma) et Oruro (Quillacas) que se disputent les deux départements puisqu’il y aurait à cet endroit même une importante réserve de ciment. À cela s’ajoute cinq autres revendications puisque chaque ville et village du département de Potosi semble vouloir sa part de gâteau dans cette grève générale illimitée. À Uyuni, c’est aussi contre l’interruption de la contruction de la route Uyuni-Huancarani que les citoyens s’insurgent. Dans la ville, le mouvement d’insatisfaction a été récupéré par l’opposition politique, l’Alianza Social, qui semble vouloir tirer profit de cette grève pour marquer des points.
Dans tous les cas, la situation ne semble pas près de s’améliorer. Les 28 organisations affiliées au Comité Civique de Potosi (Comcipo) et six provinces attendent la visite du président, qui ne semble pas prêt à vouloir négocier. Selon les journaux de la région, le Forum Social Mondial au Paraguay serait beaucoup plus chaud et attrayant pour les autorités gouvernementales…

4 commentaires ↓
Walaï !!!
Décidément, vous ne l’aurez pas eux facile ! En même temps, quelle chance de vivre ça de l’intérieur ! J’espère que vous allez être en mesure de sortir de là indemne !!!
Ici, on en parle très peu jusqu’à présent dans l’actualité, j’ai vu qu’en France et aux États-Unis, le conflit était couvert.
J’ai hâte de vous entendre raconter ça de vive voix !
Profitez-bien de vos derniers moments.
Marie-Andrée xxx
Bon travail de journalisme. Mais nous à Montréal, on est plutôt anxieux pour notre fille.
Marie/Jacques
Bonjour Marie-Claude,
Les blocages de routes et les grèves générales sont les principaux moyens dont disposent les Boliviens pour faire entendre leurs griefs. Cette forme d’actions directes peut être intidimante pour les étrangers, surtout qu’elles mobilisent quantité d’hommes et de femmes armés de bàtons et pierres. La distribution des revenus provenant des ressources naturelles est un enjeu majeur entre les municipalités, les départements et le gouvernement central. Les guerres entre les États latino-américains ont eu comme source principale la définition des frontières.
Dans ce cas-ci, la définition des frontières concerne deux départements et une ressource appelée à jouer un grand rôle dans la fabrication de piles d’automobile, le lithium, dont la Bolive aurait des réserves considérables. C’est comme le conflit entre Québec et Terre-Neuve à propos du Labrador, ou de l’électricité. Les moyens diffèrent. Pas trop vite! Nous avons eu nous aussi nos blocages de routes: pensons à la crise d’Oka (et au blocage du pont Mercier), ou à des conflits avec les forestières.
Patience et prudence, Marie-Claude. Profite du contretemps pour observer et analyser ce mouvement social en actions. Tu es aux premières loges. Je n’avais lu rien sur ce conflit jusqu’à ton article instructif et coloré à la fois. Merci pour tes reportages qui brisent le silence des médias d’ici. L’espagnol percole dans ton texte. J’y ai noté un bel hispanisme: plante de lithium (planta se traduit par fabrique, usine, installation).
Merci Marie-Claude pour ce reportage très bien étayé qui jouit à la fois d’une approche personnalisé. J’aurais aimé par contre en savoir davantage sur la façon dont le gouvernement d’Evo Morales gère cette crise.
Sur une autre note, ça m’a permis de me remémorer notre expérience de barrage guatémaltèque. Nous aussi avons connu la grève de la faim…
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