Le fascisme en Équateur, deuxième partie

Auteur: Louis-David Lalancette-Reneaud

Pour l’entrevue avec la Brigade Antifasciste de Quito, il a fallu beaucoup de patience et de temps. Il faut comprendre que les membres  reçoivent des menaces de morts. Donc, avant l’entrevue, Annie et moi avons eu droit à une pré-entrevue, qui ressemblait plus à un interrogatoire… Ils et elles avaient besoin de savoir à qu’ils et elles avaient à faire, nous devions donc les rassurer.

Tout d’abord, l’organisation n’existe que depuis deux ans et s’est inspirée des autres brigades antifascistes qui existent dans le monde. D’ailleurs, comme beaucoup d’autres brigades, elle se réclame aussi une organisation anticapitaliste et pour la lutte des classes. Malgré la courte existence de l’organisation, elle est très active, les membres ont organisé un bon nombres d’actions: des concerts, des séances de graffiti et même des matchs de soccer. Il s’agit d’action de sensibilisation, pour dénoncer le fascisme et conscientiser les gens face à son existence en Équateur.  Évidemment, ils et elles font des actions plus « classique » comme des manifestations, des tractes et des camps de formations.

Pour ce qui est de l’extrême-droite en Équateur, ce sont des groupe de jeunes, bien organisé, qui reçoivent l’appui de la police qui est souvent sympathique à leurs idées. De plus, certains membres sont des militaires ou d’anciens militaires. Malgré l’utilisation de la croix nazie, les groupes d’extrême droite sont plus fascistes que néo-nazis. L’idéologie raciste propre aux groupes d’extrême-droites d’Occident est moins présente. Néanmoins, ces groupes sont souvent contre la présence de cubain-e-s et de péruvien-e-s en Équateur. Il faut savoir qu’entre le Pérou et l’Équateur, il y a eu le plus long conflit frontalier de l’histoire de l’humanité, de 1830 à 1998. Il y a eu quatre guerres entre les deux pays et l’Équateur a perdu une province. Ce qui explique la rancœur des groupes de droite envers le voisin du sud… Souvent, ces groupes n’ont rien contre la présence de colombiens dans le pays, car des organisations de droites des deux pays sont très proches. D’ailleurs, dans le nord de l’Équateur, proche de la frontière colombienne, des groupes paramilitaires colombiens ont des camps d’entrainement où des groupes de droites équatoriens s’entrainent aussi. L’un des groupes d’extrême droite les plus actifs est l’ANR (Acción Nacional Revolucionaria) qui se revendique de l’idéologie nationale-sociale, c’est-à-dire du nazisme.

D’ailleurs, Álvaro Paredes, un membre de la brigade antifasciste de Quito a été attaqué par 6 à 8 membres de l’ANR sur le terrain de l’Université Centrale de Quito. Il aurait voulu se défendre, il a prit le couteau d’un des attaquants, l’a retourné contre celui-ci et l’a tué. Il est en prison depuis les évènements, c’est-à-dire depuis 28 mai. Le 11 août dernier, se tenait une vigile pour faire pression sur le gouvernement qui ne voit qu’une guerre de gang et refuse de politiser l’évènement. D’ailleurs, plusieurs vigiles se tenaient en même temps dans le monde pour dénoncer l’attitude du gouvernement équatorien. Il s’agit, pour le moment, d’un des dossiers les plus importants de la Brigade Antifasciste de Quito, l’organisation désire que Álvaro Paredes ne soit pas accusé de meurtre, mais qu’on reconnaisse qu’il s’agit d’un cas de légitime défense.

Depuis l’emprisonnement de leur compagnon, la brigade reçoit beaucoup d’appuis de diverses organisations, et même de certains partis politiques de gauche qui désirent que le gouvernement se positionne clairement sur ce sujet. Ce qui permet aujourd’hui à un renforcement des forces de gauches et de la lutte antifasciste en Équateur. Comme quoi, malgré les menaces et les dangers, l’organisation tient le coup et se renforce.

2 commentaires ↓

#1 Roberto Ecuador on 13.08.10 à 15:36

Les camarades antifa de l’Équateur ont fait appel à une mobilisation internationale, je crois que bientôt il faudrait en faire une devant le consulat équatorien à Montréal et même si cela en deplaise les fonctionnaires et benévoles du consulat…

À ce propos nous pourrions leur demander pourquoi le site de la Brigade Antifaciste de Quito à-t-il été clausuré? Et aussi pourquoi les sites avec de la propagande faisant l’apologie haineuse sont toujours en ligne…? Qui a autorisé le tout? Correa et son service de représsion? Nous voulons de réponses et il va falloir poser les questions publiquement…

La situation en équateur ne cese de dégenerer. Les nombreux témoignages sur la question autochtone, sur la question de mines, sur le Plan Équateur – en symbiose avec le Plan Colombia, les réformes salariales et récement avec la criminalisation systematiques de luttes étudiantes n’augürent rien de bon pour le peuple équatorien.

Merci pour votre solidarité!

#2 Normand Renaud on 14.08.10 à 15:37

Bonjour,
C’est la premiere fois que je lis quelque chose d’aussi
descriptif sur cet aspect de la politique Equatorienne…j’apprécie l’info et continue ton bon travail Louis-David.

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