J’ai envie de vous raconter une réalité que nous avons découverte de près cette semaine, une réalité qui touche les femmes dans des pays, comme ici, où la contraception est difficile d’accès et où l’avortement est illégal. Je parle ici des jeunes filles enceintes et des jeunes filles mères. Un des thèmes que nous travaillons avec les jeunes pour la production d’un documentaire est celui de la sexualité juvénile. Nous avons donc réalisé deux entrevues avec des adolescentes. La première avec Sheila, 16 ans, qui a une petite fille de treize mois et la deuxième avec Erika, 16 ans, qui attend un petit garçon au mois d’août. En Équateur, on estime à 20% le nombre de femmes qui ont leur premier enfant avant 19 ans. Parmi elles, c’est 30% qui assument leur maternité sans aucun support du père[1]. C’est le cas de Sheila et d’Érika. Les deux ont aussi subi des pressions de la part des géniteurs pour qu’elles recourent à l’avortement. Mais mettre terme à une grossesse étant illégal, les avortements sont couteux et comportent surtout énormément de risques pour la santé des femmes.

La position des jeunes avec lesquelles nous travaillons et des adolescentes mères comme Sheila face à l’avortement nous a étonnées. En effet, si elles trouvent que vivre une grossesse et devenir mère en bas âge sont des épreuves douloureuses, elles ne considèrent pas l’avortement comme une solution. Les mythes sont fortement ancrés quant à ce que peut ressentir et même penser un fœtus de quelques semaines. Tout le monde ici a son histoire en lien avec cette problématique. Une jeune de mon équipe qui a 13 ans me racontait plus tôt cette semaine qu’elle a aidé une amie de son âge à se faire avorter. Elle est hantée par ce geste qu’elle regrette amèrement et qu’elle compare à un meurtre. La larme à l’œil, elle nous racontait comment elle se sent responsable et à quel point elle croit que son amie aurait dû mener sa grossesse à terme, malgré tous les risques que cela comportait. En effet, comme beaucoup d’autres adolescentes enceintes, son amie avait consommé des pilules pour tenter un avortement maison. Cela avait gravement endommagé le fœtus qui serait né lourdement handicapé. Je m’étais imaginée que les jeunes ayant vécues de proche ou de loin ce genre de situation se porteraient à la défense du droit à l’avortement, mais tout ce que j’ai vu jusqu’à maintenant me fait réaliser le contraire.

Face à l’ampleur du problème, le gouvernement équatorien a mis sur pied un programme de prévention des grossesses chez les adolescentes. Or, les efforts de l’État pour améliorer l’éducation sexuelle dans les écoles auront un impact limité tant et aussi longtemps que l’achat de contraceptifs demeurera difficile pour les personnes mineures. À quoi bon comprendre l’importance d’avoir une sexualité responsable s’il est impossible d’agir en conséquence? Une solution qui nous a été proposé plus tôt cette semaine est d’attendre d’avoir fini ses études ou encore de se marier avant de commencer à être sexuellement actif. C’est trop tard pour Sheila, Erika et des milliers d’autres jeunes filles mères. De celles-ci, un faible pourcentage aura l’opportunité de retourner sur les bancs d’école. Le manque d’accès à la contraception et à l’avortement affecte la société équatorienne mais ce sont les femmes en particulier qui en subissent les conséquences. Sur ce, laissez-moi rêver au jour où les jeunes filles de 13 ans pourront vivre sans être traumatisées par une histoire d’avortement clandestin.
[1] http://www.lanoticiaalinstante.com/index.php?sec=not&idnot=8527

1 commentaire pour le moment ↓
Merci Annie pour ces reportages qui soulignent les embûches, nombreuses, souvent insurmontables, auxquelles doivent faire face les populations sans voix. Bravo à toute l’équipe et chapeau à l’organisme ACJ, qui travaille à l’amélioration des conditions de vie des jeunes et des femmes de Quito depuis 50 ans.
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