« …Du sein d’une femme a coulé un désert de sel… »

Auteur: Marc-André Blais

P1010119

 

Plusieurs tergiversent sur le vocabulaire a utiliser pour nommer le changement en cours en Bolivie. S’agit-t’il d’une révolution? Il y a là matière à débat de théoriciens et de références. Une révolution se limite t’elle à une transformation profonde des fondements politiques et économiques. Á un renouvellement de  ses élites? Doit-elle être violente ou impulsé par le bas, c’est-à-dire le peuple? Les avis divergent et les mots se font hésitants à définir ce qui se produit ici. Pour le signifier, on parle simplement de changement (cambios). Au Venezuela, on l´appel familièrement processus. Par ces mots, on pointe une réalité diffuse dont on laisse le privilège de l’analyse à d’autres. On signfie simplement sa foi envers ce changement possible que l’on nomme aussi développement, dignité. Dans les officines politiques, on ne parle pas à l’aide des catégories héritées du marxisme. On ne propose pas de grandes eschatologies propres à remplacer le capitalisme. Parfois on fustige l’impérialisme et on accuse les vieilles oligarchies parasitaires. On interpèle aussi quelques icones et slogans révolutionnaires. « Hasta la Révolucion Siempre » clament quelques affiches ou la figure du président cotoie celle du Che. En fait, le changement dont il est question rappel une variation sur un air connu. Ce vent de politiques sociales financées par la nationalisation partielle ou complète de ressources naturelles ainsi que par des investissements dans des secteurs stratégiques porte un charmant sobriquet produit par l’imagination sans borne des spécialistes de la banque mondiale : dévelopement par substitution des importations. Les moins technocrates diront avec mépris populisme. Terme vide par lequel les commentateurs du nord nomme avec condescendance les régimes qui, sensiblent à la misère populaire et l’inégalité des coditions, donnent un contenu politique au vivre ensemble. Ils préfèrent ces élites « éclairées » qui ne sont d’aucune façon liées à la satisfaction des demandes populaires.  

Parfois, le changement se matérialise devant nos yeux à travers des scènes ordinaires ou  semblent se agir une véritable révolution. Les coeurs sensibles sont alors promptes à en finir avec les débats théoriciens. Il me revient en tête les passages de contemplation enthousiaste décrit par George Orwell dans son hommage à la Catalogne. Alors soldat des brigades internationales engagés dans la milice trotkiste du P.O.U.M. lors de la guerre civile d’Espagne, il observe avec stupeur la matrice d’une nouvelle société. Un enthousiasme étonnant de la part du romancier qui, quelques années plus tard, dépeindra la fresque totalitaire qu’est 1984. À cet époque, le fascisme est encore loin d´emporter la victoire. Du moins, on ignore sa progression et les puissantes alliances qui permettront sa victoire. Là-bas, en Catalogne, les églises ne sont plus que des ruines fumantes ou des baraques d’armement. Les militaires sans rang et vêtu en haillons, avec leur bonet et leur foulard rouge, n´obéissent à aucune hiérarchie. Tous rêvent d’avoir la chance d’en finir avec quelques franquistes à l’aide de leur canon vieux de la guerre franco-prusse. Partout on s’appelle camarade et frère. On réitère par la forme l’égalité. On se traite en paire. Une multtitude de détails, parfois anodins, dépeignent la scène d’une expérience collective unique. La fièreté éveillée de l’ordinaire, du modeste débarassé de la tyrannie. Cette tyrannie sans visage de la privation, de l’humiliation, de la soufrance organisée et de l’effacement publique des simples travailleurs et campesinos. Le romancier ne discerne plus dans ce qu’il voit l’illusion de la réalité. Pourtant, il a toujours eu ce doute persistant concernant l’éventualité d’un autre hommes, ce héros des grandes espérances. Un doute qu’écarte la générosité des modestes au temps des grands sacrifices.

Dans un logis éclairé par la lumière naturelle d’une grande vitrine donnant sur les cours des maisons voisines, la famille de Donia Francisca besogne son entretient collectif. Dans une famille de neufs personnes, il y a beaucoup à faire. Les plus jeunes s’occupent de Brigitte, la nouvelle venue. Donia, vêtu d’un manteau et d’un bonnet usé pour se protéger du froid qui pénètre par tous les pores des maisons, tricotte un vêtement pour  la petite dernière. Le sang qui coule dans les veines de la famille est Quechua. Pour une femme, il s’agit d’une héritage taditionnel particulièrement lourd a porter. Élevé à l’époque des dictatures, cette femme s’est battu sa vie durant contre la discrimination et la fatalité collective.

Parfois, Francisca donne quelques indications d’une voie affectueuse aux enfants. Il y a ici une obéissance sans contrainte, quelque chose comme de l’amour. Tout en tricottant, elle pose un oeil discret sur un document placé devant elle sur la table. Nous venons de faire irruption dans le quotidien de milliers de familles boliviennes pourtant, ce document impose une singularité. Militante de longue date pour la FSUMCAS, l’association de femme de la FRUTCAS, Francisca est aujourd’hui une député nouvellement élu du MAS. Une semaine par mois, elle se rend à La Paz pour assister à des rencontres politiques. Le reste du temps, elle continu ses activités militantes pour la fédération et assiste à des réunions régionales. Elle nous accueille avec affection et maté. Nous qui sommes venues avec quelques demandes en poche. Nous sommes sur le point de partir à La Paz et nous voulons avoir accès à quelques commissions politiques. Elle écoute impassible nos demandes puis, sans tarder, fait quelques appels télphoniques par lesquelles elle nous ouvre les portes du Parlement. Plus tard, la discussion se porte sur le document qu’elle regarde d’un air distrait. Il s’agit d’un decret supême du président concernant l’exploitation régionale du Lithium. Ce decret occupe aujourd’hui l’ensemble des discussions des assemblées régionales. On travail sur un projet de loi par lequel la volonté décrété du président deviendra permanente. Au sein des organisations départementales, on cherche à trouver le consensus et aussi, apporter des précisions ou changements au projets. Pour la FRUTCAS, il s’agit d’un défis de taille.  

L’histoire du département de Potosi elle celle d’un  piage minier éhonté dont l’histoire de la mine de Cierro Rico n’est que l’exemple le plus spectaculaire. Véritable trésor d’argent, on dit ici que tous ce qui fut extrait de cette montagne pu permettre la construction d’un pont d’argent entre l’Amérique et l’Espagne. « Au 15ième et 16ièeme siècle, la … colline de Potosi fut le centre de la vie coloniale américaine » (Galeano, Edouardo p.49). Aujourd’hui, on continu inlassablement de grater les parroies fatiguées de la colline et de sa mémoire. La ville porte en son centre colonial les traces de la gloire passé. On raconte qu’ici, les artistes les plus en vogue d’Europe venaient faire leur première américaine. Homme maintenant âgé de 80 ans, le père d’Apolinaria, notre professseure d’espagnol, a parcouru 40 années durant les caves de la mine. Une force de la nature survivante parmi les ombres axphyshiés. Plus de 8 millions d’indiens sont mort pour extraire quelques onces d’argent qui servirent d’apparat à la vie mondaine. Dans les assemblées, on répète cette histoire amère de la Bolivie, qui constitue une accusation vivante au système colonial. « L’argent que l’on a extrait de nos mains a servi a développer La Paz, Santa Cruz et encore d’avantage, l’Espagne et l’Angleterre. »

Par le nouveau projet de loi, on affirme le monopole national sur le lithium, ressource jugé stratégique. Au cours de la révolution de 1952, l’on a de même nationalisé l’extraction de l’Étain. De ce chapitre aussi l’on conserve une mémoire salé. Ce métaux, alors appauvri par plusieurs siècles d’exploitation, nécessitait passablement de transformation pour en épurer la matière. La Bolivie fournissait toujours les bras de l’extraction au système économique mondial alors que la matière brute était transformée dans les fours étrangers. C´est de ces étapes successive que l´on produisait la richesse. Par conséquent, les cours du minérai n’étaient pas déterminés à Potosi ou La Paz, mais en Angleterre dans les grands centres industriels. Grâce au contrôle des réseaux commerciaux, « une demi-douzaine d’homme (à la peau blanche fixaient) le prix (de l’étain »(Galeano, Edouardo p.206) pendant que les mineurs boliviens, les poumons attaqués par la sillicose, en faisaient l’extraction pour quelques bolivianos. Aujourd’hui, on affirme la volonté d’industrialiser et commercialiser le lithium ici, dans le département de Potosi. L’on a créé, pour se faire, une entreprise d’État financé entièrement par le capital national : l’Empresa Boliviana de Recursos Evaporiticos (EBRE). Selon le présidentiel, il sera interdit à celle-ci de vendre un produit non raffiné ou sous-contracter la transformation tertiaire. La loi spécifie aussi que la matière ne devra pas être vendue en dessous du prix du marché pour satisfaire la gourmandise de quelques clients exigents. L’on veut maximiser les bénéfices de l’entreprise que l’on mettra à la disposition  du développement économique et social de la region d’abord, et de la nation ensuite, selon une distribution spécifique des profits. Cette entreprise aura également comme mandat d’explorer le sous-sol bolivien, d’exploiter toute autres ressources disponibles et finalement, d’en favoriser la transformation. Exemple de décentralisation, l’industrialisation et la gestion des activités concernant le lithium devront être accomplient sur les lieux de l’exploitation. De même, des représentants des sept régions du sud ouest de Potosi participeront à l’administration de l’entreprise d’État. D’autres articles soulignent la responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise. Celle-ci devra, par exemple, parrainer des initiatives locales et des entreprises sociales et communautaires.    

Il y a cependant un bémol historique à ce projet d’avant-garde. Les penseurs latino-américains, selon William Strokes, sont les plus grands rédacteurs de constitutions au monde. Une grande tradition juridique permet d’occulter par des promesses instituées les dictatures comme les fantasmes de progrès les plus audacieux. « Et les rédacteurs latino-américains sont fondés pour argumenter que si les conditions contiennent des promesses fantasques à la multitude qui ne peuvent être tenues faute de fonds, elles peuvent cependant être justifiées comme l’expression d’idéaux envers lesquels le pays est consacré » (Corten p.15). Au cours de ces dernières années, les réformes légales se sont multipliées en Bolivie. Il y a évidemment la nouvelle constitution plurinational. Dans quelques mois, l’on attend la loi sur l’autonomie régionale et la réforme « Avelino Sinani y Elizardo Pérez » de l’éducation. Dans le cas du lithium, cette volonté de transformation légale a déjà prise une forme concrète. Un projet pilote d’exploitation est actuellement en place avec ses structures de béton, ses piscines de décantation et ses quelques 100 travailleurs, tous ou la plupart boliviens. Plusieurs millions de dollars sont déjà investis.     

La légende raconte que le Salar de Uyuni, ou se trouve la plus grande réserve mondiale de Lithium, coula du sein d’une déesse au coeur brisé. Comme une malédiction, c‘est dans la misère et la tristesse que toute la richesse de la région a été exploité. Aujourd’hui, de la peine de cette déesse jaillit les plus folles espérances de développement. Dans les Cumbres syndicales, ou la réthorique et l’éloquence peuvent avoir raison d’une assemblée hostile, on débat de chiffres et de détails légaux. Actuellement, les différentes régions fédérées à l’intérieur de la FRUTCAS ne parviennent à s’entendre sur les modalités de la décentralisation et du partage des bénéfices. Autant de divisions qui affectent la capacité d´action et d´influence de la fédération face à d´autres organisations élitistes comme le comité civique de Potosi. Des femmes comme Donia Francisca et Carmen Garcia, actuelle sénateur du département, luttent pour l’unité syndicale. Lorqu’elles se lèvent pour prendre la parole, un silence respectueux s’installe sur l’assemblée. On écoute ces forces de la nature : femme, mère, militante et auto-didacte. Elles ont grandi à l’ombre d’un lourd contentieux historique et contre lui, ont lutté implaccablement. Par la pratique militante et l’engagement, elles ont pu transcender la discrimination induite par leur teint, leur langue maternelle Quechua et la rigidité des rôles sexuels. Autant de singularités qu’elles peuvent maintenant porter avec orgueil. Leur histoires se confond aujourd’hui avec le récit de l’éveil des opprimés en Bolivie.

2 commentaires ↓

#1 Mylène Bellerose on 28.07.10 à 11:27

Très bon article sur les changements en cours en Bolivie! Et en tant que stagiaire de l’année passée, bien contente d’avoir des nouvelles par la bande de Francisca et de voir la bette de la petite dernière!

Profitez bien du restant du stage, ça passe tellement vite et il y a tant à voir dans ce magnifique pays!

#2 gilles blais on 02.08.10 à 19:13

WOW!
Superbe synthèse mec…j’aimerais bien te dire que dorénavant j’aurai une petite pensée pour les travailleurs boliviens lorsque je ferai une recharge de mes batteries au lithium. Putain comme on est déconnecté en amérique du nord! Trop occupé à consommer, c’est peut-être ça la vrai tyrannie…

Faire un commentaire

Spam Protection by WP-SpamFree