C’est une ville fantôme, au bord du plus vaste désert de sel. Pas un son, sinon le hurlement des chiens ou le sifflement incessant du vent. De concert avec le froid, il creuse les traits humbles et profonds des Cholitas, ces femmes aux innombrables jupes et aux chapeaux melons. Quand elles marchent, leurs pas se font lents. Elles se balancent au rythme de cette ville du bout du monde, Uyuni.

Au coin de notre rue, sans nom et sans adresse, le vide. À l’horizon, les montagnes brunes et arides de l’Alti-Plano. Ici, tous les touristes sont de passage, en attente. On leur a promis des paysages lunaires, des souvenirs exotiques et des photos à faire rougir de jalousie leurs amis. Une des soixante-quinze agences de la ville les entraînera sous peu dans un trek de trois jours à travers le Salar. Chaque année, depuis 20 ans, ils se font un peu plus nombreux. Le touriste amène la richesse, certes, mais les locaux grincent des dents devant le prix des aliments et des logements, qui eux, ne cessent de grimper. À Sucre, à La Paz ou à Cochabamba, il en coûte moins cher pour une livre de quinoa au marché local.

Bien qu’omniprésents au centre, où les cafés Internet et les pizzérias pullulent, les touristes se font rares dans les artères. Hors des sentiers battus, ce sont les chiens errants, à la peau rugueuse et au regard fatigués, qui règnent en maîtres. Et puis, il suffit de faire quelques pas vers les montagnes pour apercevoir l’importante quantité de déchets qui entoure et étouffe la ville. Enracinés dans le sol, de vieux sacs de plastiques, des bouteilles d’eau et des bouts de carton se mélangent au sable des larges avenues que nous foulons quotidiennement. Une élue du Conseil municipal ne cache d’ailleurs pas sa préoccupation par rapport au nombre de déchets qui s’accumulent à une vitesse ahurissante dans les rues d’Uyuni. À peine arrivées dans son bureau qu’elle nous demande amicalement de l’aider à sensibiliser les agences de tourisme, venues de partout en Bolivie afin de profiter de cette manne de voyageurs. Elle nous confie alors qu’il n’existe pas de budget lié à l’environnement à Uyuni et qu’elle en a plein les bras, avec seulement deux camions de poubelle et une poignée d’employés à sa disposition.

Gabrielle et Coralie
Alors, comment gérer ce flux incessant de touristes, une richesse incroyable pour cette ville de 20 000 âmes, sans pour autant compromettre le bien-être des locaux ou celui de la pachamama, la terre mère tant prisée par les nations autochtones? Voici un aperçu de quelques uns des nombreux défis d’Uyuni, ville secrète et envoûtante, comme les copieuses couches de jupes multicolores qui s’empilent sur les hanches des femmes bolivariennes.

2 commentaires ↓
Bravo Marie-Claude pour la description de cette ambiance, je revois pleins d’images. J’arrive même à me rappeler des odeurs…et de ce mal de coeur!
Bonne route!
Bonjour Marie-Claude,
Bravo pour ce remarquable article qui évoque bien le dilemme des petites villes du tiers monde qui ont une ressource à proposer aux touristes. Ici c’est le salar, le paysage lunaire, l’horizontalité infinie avec en arrière-fond les Andes, le trek. Des agences empochent la majeure partie des revenus générés par ces touristes de passage, mais ne se préoccupent pas des effets désastreux de leurs activités sur la communauté. Quelques particuliers améliorent leur condition en vendant des biens et services, mais c’est une minorité qui profite de la manne. La majorité souffle plutôt de cet afflux. Il y a la pression sur les prix, l’accumulation et la dispersion des détritus (en premier lieu les plastiques), la surconsommation de l’eau et la surproduction d’eaux usées, etc. On est loin du tourisme responsable. Assiste-t-on à la naissance de formes collectives d’appropriation et d’encadrement du tourisme à Uyuni?
Faire un commentaire