Au petit matin, après une course éreintante dans le parc Bolivar (l’altitude oblige), nous nous arrêtons au coin de la rue pour un jus d’orange frais. Un Bolivarien écrase quelques oranges dans son énorme panier, tend un verre sous son pressoir et nous offre deux excellents jus qui regorgent de pulpes. Coût : 3 bolivianos. Nous tournons le coin, quatre tables, huit chaises et un gros écriteau «IMPUESTOS». Tiens, des travailleurs bolivariens offrent des services d’impôt directement dans la rue.

Cordonniers dans la rue, photo de Nahouolo
En soirée, nous sommes assis dans un restaurant lorsqu’une fanfare nous tire de nos chaises. Ce sont les étudiants en Sciences économiques et administratives de l’Université qui célèbrent la fête de leur faculté en défilant dans les rues de la blanche Sucre. Main-dans-la-main, ils courent, dansent et rient, sous les regards amusés des passants et au dépend des automobilistes, qui décidément, ont perdu le contrôle de la rue. Ils sont plusieurs centaines à défiler, la plupart vêtus de costumes assez élaborés. Un «Iron Man» nous tend la main, et sous les regards amusés des étudiants et malgré leurs rires étouffés, nous nous joignons à la fête. Malheureusement, les pauvres gringos sont de piètres danseurs (sauf Coralia)! Après une heure de danse sans interruption, nous nous écrasons sur la place centrale, à bout de souffle. Les étudiants repartent de plus belle, et la fête de la faculté continuera toute la semaine…
Est-ce que ce sont les mêmes étudiants qui, un peu plus tôt dans la journée, manifestaient avec un regroupement de citoyens sur la place du 25 de Mayo pour appuyer le maire sortant, Jaime Barron ? Dans tous les cas, il semble que les tensions entre le MAS (parti socialiste mené par Evo Morales) et l’élite économique (appuyée par les universitaires) soient encore vives à Sucre. Les manifestations et les discours politiques enflammés sont quasi-quotidiens dans ville depuis notre arrivée. Même si Barron est en procès à cause de son implication dans les tristes événements de 2008, où des campesionos ont été persécutés à Sucre (voir le documentaire Humillados y Ofendidos de Cesar Brie), les fonctionnaires et les étudiants sont déterminés à faire appliquer la Charte Municipale. Et ce, au dépend du MAS et du reste du Conseil municipal.
Décidément, il est difficile de reprendre son souffle à Sucre. Nous courrons un peu partout comme des poules sans-têtes. Avec le mondial qui commence, il y a fort à parier que la fête et les manifestations ne feront que gagner quelques décibels. Et le plus impressionnant, c’est la place de la rue dans la ville, sa vitalité, son souffle, qui bat aux rythmes des pas des jeunes universitaires, omniprésents. La rue appartient aux gens, réellement. C’est ici qu’on vit, qu’on fête, qu’on boit, qu’on travaille et même, qu’on fait ses papiers d’impôts…

1 commentaire pour le moment ↓
Très intéressant,vivant, comme si on y était. Ecris encore.
Marie
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