
Le 20 mai dernier, le Cameroun célébrait le cinquantenaire de son indépendance. Pour marquer le coup, le Président, Paul Biya, avait préparé un défilé au coeur de Yaoundé qui se voulait grandiose. Plusieurs chefs d’États étaient invités.
Le jour-même, impossible de ne pas regarder le défilé. Parce que, bien que j’étais à Yaoundé même, assister au défilé en personne aurait été de la folie, et je n’aurais certainement pas été en mesure de tout voir.
Plusieurs jours avant, les rues du centre-ville étaient déjà fermées au public, pour préparatifs, mais surtout pour permettre aux différentes délégations officielles arrivant au pays de circuler « en sécurité ». Dire que de se déplacer dans la ville était un véritable casse-tête est un euphémisme. J’en ai fait les frais 3 jours avant le jour-J. J’étais à un bout de la ville, et pour me rendre chez moi je devais traverser la ville d’un bout à l’autre. Déjà pour me rendre à destination, cela avait était particulièrement complexe, parce que certaine des routes étaient bloquées, mais pour rentrer, la question ne se posait plus, le centre était carrément paralysé. Nous sommes restés pris au rond point au bout du Boulevard du 20 mai, où allait avoir lieu le défilé, mais surtout, où est situé l’hôtel Hilton où étaient logés tous les invités d’honneur de Monsieur le Président.
Dans les deux jours qui ont suivis, la circulation dans la ville n’a fait qu’empirer, au point où, plusieurs personnes n’ont pu se rendre à leur travail dès lors qu’il fallait traverser le centre de la ville. Dans les jours précédents le cinquantenaire de l’indépendance, il n’était pas rare de voir (ou d’entendre) dans le ciel passer des formations d’avions ou d’hélicoptères militaires, pratiquant pour la grande démonstration.
Après tous ces dérangements, il était impensable de ne pas regarder ce « grand » défilé en l’honneur de l’indépendance du Cameroun. Le jour-même j’étais donc devant la télévision, carnet en main, pour prendre des notes. Et bien m’en a pris. D’une part parce que, mon intuition me disant qu’en se rendant sur place il serait impossible de voir la majeure partie du défilé fut la bonne: non je n’aurais pas vu grand chose! En fait je n’aurais rien vu du tout! Il n’y avait aucun public admit tout le long du Boulevard du 20 mai. Certainement pour protéger les grand invités qui risquaient d’être incommodés par la proximité du peuple et/ou devaient se sentir très menacés… Et si public il y avait, je me demande encore où il avait été caché…
Il fallait voir le cortège escortant le Président de la Présidence à la tribune présidentielle pour le défilé: une limousine. entourée de 8 hommes en costumes cravate, une Mercedes devant, un Hummer derrière, 20 motos autour et 6 militaires à pied qui accompagnent le tout!!
Assis à la tribune présidentielle, les 9 chefs d’États invités: Laurent Gbabo de la Côte d’Ivoire, Denis Sassou Nguesso du Congo, Ali Bongo Ongdimba du Gabon, Joseph Kabila de la République Démocratique du Congo, Goodluck Jonathan, le nouveau Président Nigérian, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo de la Guinée Équatoriale, Idriss Deby Itno du Tchad, et François Bozizé de la République Centrafrique.
Parmis les convives de marques, il y avait aussi, représentant le Président français, Jean-Louis Borloo. De la France étaient aussi présents Michel Rocard et Alain Juppé. On pouvait apercevoir Kofi Annan, ancien Secrétaire général de l’ONU. Bref une belle brochette pour fêter ces 50 ans d’indépendance. Sans oublier la première dame Chantal Biya et ses cheveux.
Le défilé devait débuté à 10h. Il a commencé avec seulement 15 minutes de retard, ce qui, pour le Cameroun, est plutôt bon! Il durera près de 4h. 4h de démonstration à la gloire du Cameroun certes, mais de Paul Biya surtout.
D’abord un défilé militaire, où tous les corps d’armée étaient représentés. Ensuite un très long défilé civil. Les écoles défilaient, suivis par les partis politiques représentés à l’Assemblée Nationale. L’UNDP (Union nationale pour la démocratie et le progrès); l’UPC (Union des populations du Cameroun). Sachant que l’opposition n’existe pas vraiment, d’où sortaient ces hommes et femmes? Selon ce qu’on m’a dit à maintes reprises dans la journée, des badots trouvés dans la rue, à qui on a promis quelques FCFA ou un sac de riz, en échange de leur participation à cette démonstration démocratique.
Et en dernier, la grande apothéose: le parti au pouvoir. Paul Biya est au pouvoir depuis 1982 (28 ans). Son parti: le Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). Plus de 3000 militants scandant « Paul Biya, Paul Biya, notre président, Père de la nation, Paul Biya… ». Tous portaient des vêtements à son effigie, tenant des banderoles le félicitant pour son bon travail, et l’encourageant dans la poursuite de sa « carrière ».
Combien aura coûté ce beau spectacle privé? 42 milliards de FCFA, soit 7 millions de dollars canadiens!

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