Ici, au Cameroun, plusieurs surnomment les enseignants «les chevaliers de la craie», ces courageux qui doivent affronter tous les jours les nombreux obstacles du métier. Si enseigner n’est pas tâche facile, enseigner au Cameroun relève pratiquement de l’exploit.
Mon expérience de formatrice informatique à l’école primaire publique Biyem-Assi n’a été que trop brève pour que je puisse justement dépeindre la réalité des professeurs au pays. J’écris donc ces lignes en tant qu’observatrice et témoin privilégiée, et surtout en tant qu’étrangère sensible aux trop grands défis que doivent relever quotidiennement les professeurs camerounais.
La première chose qui m’a frappée lorsque j’ai déposé les pieds dans la cours d’école de Biyem-Assi pour la première fois, c’est l’incroyable quantité d’enfants. Il y avait des centaines d’élèves, causant tout un vacarme, qui couraient dans la cours de récréation. Une centaines d’autres jouaient au stade de football, d’autres erraient à l’entour de la bâtisse, et d’autres étaient bien assis sur leur chaise de classe. Impossible, me suis-je dit, de transmettre les bases de l’informatique à ces 2000 élèves qui m’entourent. Pourtant, les quelques professeurs de l’école Biyem-Assi y parviennent tous les jours.
L’Unicef affirme qu’au Cameroun, il y a en moyenne un professeur pour 50 élèves. Il s’agit ici d’une étude menée dans les écoles privées et publiques, à la campagne comme à la ville; un résultat qui reflète mal la réalité des centres urbains et des plus démunis du pays. Dans les faits, il n’est pas rare qu’un professeur d’une école primaire ait 120 élèves à sa charge. Dans les universités, la situation est encore pire. On y nomme les salles de classe en fonction du nombre de places disponibles. Les étudiants suivent ainsi leur cours dans la classe #300, 1000 ou même 1500. Le travail du professeur se résume alors à simplement barbouiller l’ardoise de notes à retranscrire et à dicter les pages à lire pour le cours suivant – incapable d’établir l’ordre dans les classes bruyantes et surchargées, ni de créer un lien direct avec ses élèves.
Les professeurs, de tous les niveaux, se buttent aussi au manque de moyen investis dans les institutions scolaires. À l’école Biyem-Assi, il n’y a que 15 ordinateurs pour les 2000 élèves inscrits. Il n’y a pas d’électricité dans les classes, à l’exception des salles informatiques. Il y a peu ou pas d’eau, de poubelles, de crayons, de gommes à effacer. Les garçons jouent avec des bouteilles de plastiques vides à au lieu des ballons alors que les filles s’amusent avec des lacets en guise d’élastiques. Il n’y a pas non plus de bibliothèque, de gymnase ni de cafétéria. Il faut dire qu’ici, un simple livre est considéré comme un objet de luxe. Le trois-quart de la population ne peut se procurer les manuels scolaires nécessaires pour les cours obligatoires. En raison de ce manque d’outils pratiques, les professeurs sont contraint à donner presque uniquement des leçons théoriques, au détriment de l’apprentissage des jeunes.
Dans un tel contexte, pas surprenant que l’échec aux examens conclu souvent l’année scolaire. Mais les professeurs refusent de s’affirmer responsable de ce désolant constat. Ils réclament au gouvernement des meilleurs conditions pour leur bien-être, celui des enfant et du système scolaire. La majorité luttent simplement pour le titre d’enseignant, puisqu’ils ont été engagés à titre de vacataires, c’est-à-dire comme contractuels n’ayant pas accès aux avantages sociaux des «vrais» enseignants, ni à leur salaire, pourtant déjà dérisoire. Ces vacataires luttent, souvent en silence, depuis déjà 20 ans, ne remportant que des petites batailles en signe d’espoir.
Ici comme ailleurs, transmettre connaissances, passions et sagesse aux plus jeunes générations demeure une vocation comportant son lot de difficultés. L’enseignant doit affronter tous les jours ses propres limites, celle de son savoir, de sa patience, de sa compassion et de sa passion du métier. Il doit transmettre pensées et réflexions, partager découvertes et curiosités, offrir expériences et erreurs, sans demander la reconnaissance méritée aux élèves, aux parents et aux collègues… ni encore moins à l’État. À tous les professeurs, je dis merci…
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Dans ces conditions, on ne s’étonne pas d’apprendre que la fille du président du Cameroun, Paul Biya, étudie depuis plusieurs années dans une école privée de la Suisse. Les journalistes et blogueurs ont soulevé avec indignation cet événement. Notons que la somme d’une année de scolarité de Brenda Eyenga Biya en Suisse équivaut à 100 années de paye d’un enseignant vacataire au Cameroun. Une situation qui fait grincer des dents des milliers de Camerounais.

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