La Chine au Cameroun. Cette amie qui vous veut du bien (2eme partie)

Auteur: Julien Deschamps-Jolin

Établie sur un immense territoire, la Chine doit composer avec une population titanesque à nourrir et à faire travailler. Combinons à cela une révolution industrielle qui dure depuis la fin des années 90 et vous avez sous la main une nation qui ne peut tout simplement pas cultiver et creuser son propre sol afin d’assouvir l’ensemble de ses besoins. Pour survivre et continuer son développement, la Chine doit se tourner vers l’extérieur en multipliant les accords d’échanges.

C’est connu, l’Afrique est un continent qui regorge de ressources naturelles. Si on prends en exemple le Golfe de Guinée (touchant au Cameroun), de grandes réserves de poissons et de pétrole s’y retrouvent et sont présentement exploitées. L’intérêt de la Chine est donc tout à fait « normal » lorsque l’on prend en considération cette variable. En fait, le véritable problème ne semble pas être l’intérêt que porte les Chinois aux commerces des matières premières, mais plutôt la façon dont ils transigent et mettent en actions leurs accords.

Si vous le voulez bien, j’aimerais revenir quelques instants à notre « Palais des Sports », qui est a l’origine de cette réflexion, pour démontrer un exemple d’impact local des actions chinoises. En offrant de construire des infrastructures a prix réduit et dans des temps rapides, la Chine rend en effet service a la localité ou à la région qui bénéficie de ces infrastructures. Que se soit un « Palais des Sports » ou une centrale électrique, l’efficacité et l’ingéniosité chinoise ne peuvent être niées. Toutefois, il y a un prix a payer plus important que l’argent pour faire usage de cette ingéniosité: l’impossibilité de faire participer la communauté locale à la construction de ces infrastructures.

En important ses propres effectifs, la corporation chinoise bénéficiant du contrat de construction fait travailler ses ouvriers mais retire toute possibilité à la communauté locale de diminuer son taux de chômage et de développer de nouvelles expertises dans la construction de mégas projets. Le proverbe suivant illustre le problème et peut très bien s’appliquer à notre exemple: « Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson ». Ici malheureusement, on offre des projets clés en main sans jamais offrir le moule.

Au travers des lectures effectuées, il a souvent été question de l’immense besoin en matières premières des Chinois qui se soldait souvent par une exploitation des ressources naturelles sans tenir compte des contextes géographiques et politiques. Par exemple, comme il est possible de le lire dans l’article de Charles Nfongang, Chinois au Cameroun: une incompréhension foncière, le problème n’est pas que les Chinois exploitent les terres camerounaises, mais plutôt que « la cession des terres par l’État se fait en général sous le sceau du secret. Ce manque de transparence et d’information des populations riveraines ne peut qu’empoisonner des le départ les relations entre elles et l’acquéreur ».

En effet, cette situation crée un déséquilibre pour les populations étant habituées de cultiver leurs terres puisqu’en plus de voir arriver des corporations chinoises dans leur environnement sans avoir eu l’occasion de dire quoi que ce soit, ces mêmes populations sont témoins de l’importation (encore une fois!) de ressources humaines chinoises qui seront les ouvriers de ces terres. Pour couronner le tout, la cession de ces terres signifie souvent l’arrêt des cultures locales afin de faire place à des cultures expérimentales qui peuvent avoir des impacts et des répercussions importantes sur les terres environnantes.

Au fond, ces actions offrent les ingrédients nécessaires a la mise en place d’un véritable climat d’animosité entre les populations locales et les ouvriers étrangers se soldant parfois par un boycott des produits chinois cultivés sur les terres camerounaises malgré leur prix bon marché.

Notons d’ailleurs un fait récent pouvant témoigner de cette animosité. Au mois de mars 2010, 7 pêcheurs chinois ont été enlevés au large de la péninsule de Bakassi (sud-ouest du Cameroun) pour ensuite être relâchés après le paiement d’une rançon. Comme il est possible de le lire dans un article de L’AFP, les actes de pirateries ont largement augmenté dans cette région à cause de la présence de ces compagnies étrangères qui exploitent les richesses de cette région riche en poissons (et en pétrole)…

Mais au final, est-ce vraiment uniquement la faute de la Chine? Avons-nous devant les yeux une nation qui n’a comme objectif que de collecter et de vider les sols des régions qu’elle exploite? Répondre par l’affirmative a cette question serait nier la grande part de responsabilités de la nation qui accepte que l’on exploite les richesses de ses sols.

La Chine est opportuniste parce qu’elle sait marchander et qu’elle a des leviers intéressants à manipuler lorsqu’il est temps de faire pencher une entente en sa faveur. Mais on ne peut accuser la Chine de tous les tords.

Comme il a été mentionné un peu plus haut, ce n’est pas la Chine qui s’est emparé des terres camerounaises. C’est l’État camerounais qui a accepté de les céder pour des ententes monétaires. Quand les contrats de construction de méga-projets sont écrit, c’est l’État camerounais qui acceptent les termes voulant que les chantiers n’embaucheront que les ouvriers chinois.

Bref, la Chine est-elle cette amie qui vous veut du bien? Cela dépend dans quel camps vous vous situez! Elle offre en effet des biens bons marchés, des infrastructures modernes, mais elle crée aussi ses lots de frustration. Si je me réfère uniquement aux murmures qui m’entourent, on est loin d’une relation quasi-fraternelle…

NB: J’aimerais souligner que cet article dépeint uniquement la Chine, mais il ne faut pas penser que je crois que les pays occidentaux sont blancs comme neige. je dirais en fait totalement le contraire…

Voici quelques articles:

http://www.bonaberi.com/ar,razzia_chinoise_sur_terres_camerounaises,6878.html

http://www.cameroon-info.net/stories/0,18985,@,immigration-700-000-chinois-aux-portes-du-cameroun.html

http://www.syfia.info/index.php5?view=articles&action=voir&idArticle=5231

http://www.diploweb.com/La-Chine-en-Afrique-une-realite-a.html

http://www.cameroon-info.net/stories/0,26413,@,balance-commerciale-le-cameroun-peine-a-tirer-parti-des-accords-commerciaux.html

3 commentaires ↓

#1 naolo on 15.05.10 à 17:47

Salut, je pense que c’est un phénomène généralisé dans toute l’afrique. Ca serait cool d’entendre ce que les camerounais ont à dire sur ca!

#2 christ on 26.05.10 à 1:28

Il faut vraiment que l’occident ait pillié, mais alors sans vergogne, violé, l’afrique pour qu’elle se retrouve dans cette situation, ou, un partenaire économique chinois, lui propose de fausses solutions, qu’elle considere comme favorables!!!

Que voulez vous? il suffit pour les africains, d’observer les resultats obtenus apres plus de 50 ans de cooperation nord – sud…

C’est pathétique!!! Et effectivement, a ce rythme, les chinois feraient mieux!!!

Esperons simplement que, dans la guerre pour le leadership mondial que la chine livre a l’occident, les africains sauront sauver leur ame!!! pour l’instant, c’est mal parti!!!

Un camerounais de montréal

#3 thiết kế thi công quán cà phê on 08.06.18 à 6:14

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