Chaque jour on vieillit peu importe où l’on se retrouve. À l’étranger on vieillit toujours plus rapidement. Que ce soit parce qu’on vit une nouvelle expérience ou que l’on perd tous ses repaires en un instant. Depuis le 13 avril je suis arrivée au Cameroun afin de faire un stage de coopération avec Protege Qv dans une école primaire.
À Montréal je me sentais adulte depuis mes 19 ans. J’avais pour la première fois un chez moi payé de ma poche. Si je ne lavais pas ma cuisine, si je lavais mon linge dans le bain, si je mangeais 3 fois de suite le même plat, c’était mon affaire. Je pouvais enfin avoir l’horaire que je voulais sans rendre de compte à personne, même pas à ma conscience. J’étais prête à affronter n’importe quelle situation, que ce soit les mulots morts derrière mon pot de nutella le matin ou lire ma première police d’assurance devant ma table ikea pas encore payée.
J’ai pu décider de me désorienter moi-même. J’ai abandonné l’école, le chemin sécurisant qu’on nous montre depuis notre enfance, j’ai mis fin à une relation amoureuse routinière et également sécurisante, et j’ai surtout pu plonger dans la vie les yeux fermés.
Un an plus tard, j’ai tout remis en cause. Du choix de couleurs de ma chambre au chemin que je m’étais tracé. La société me pesait, j’avais besoin de commencer à poser des gestes dont je serais fière et qui me représentent.
J’ai donc posé ma candidature pour un stage outre-mer. Un choix qui allait changer beaucoup plus de choses que je ne le pensais.
Tout d’abord il y eu la levée de fonds. D’accord, ce n’est pas si difficile au début, mais 6 mois plus tard quand il manque 3 000$ et que le départ est dans moins d’un mois…. le stress vient s’ajouter au manque de motivation qui pèse de plus en plus. Mais tous ces moments de vie sociale que je croyais avoir sacrifiés se reflètent maintenant dans la découverte de 6 personnes incroyables. Avant que je ne m’en rende compte, il y a eu les derniers préparatifs pour le départ et surtout la réalisation… la réalisation de l’ampleur du projet dans lequel je m’étais embarquée en septembre dernier.
C’est là que je me suis demandée… mais suis-je réellement rendue là dans ma vie ? Après tout je n’ai que 20 ans, est-ce vraiment mon moment pour partir à la découverte d’un pays, à la découverte d’un nouveau continent en laissant à la maison tous mes repaires? Les gens qui me connaissent m’ont alors rappelé pourquoi j’avais décidé de partir… parce qu’ici j’étouffais. La routine après très peu de temps, peu importe laquelle m’a toujours étouffée… à un point maladif. J’ai donc ravalé mes craintes en me disant que rien n’était à mon épreuve, me répétant que j’était un adulte en bonne et due forme…. J’ai donc pris tout le courage qui traînait dans ma chambre derrière mes mottons de poussières et de cheveux et j’ai pris l’avion en me disant que je ne communiquerais pas avec le monde extérieur au Cameroun durant les deux mois de mon stage.
Une fois arrivée au Cameroun… je me suis sentie…désarmée. Les premiers jours je me sentait en vacances au Mexique ou à la Havane. Ensuite, je me suis sentie seule. Mon copain n’était plus là pour que je puisse lui raconter en détails tout ce que j’avais vécu durant la journée. Ma meilleure amie n’était plus là pour analyser avec moi (avec sérieux ou non) chaque gestes que j’avais posé pendant la journée. Mes repaires c’étaient envolés en même temps que l’avion à Dorval. Je n’osais pas en parler autour de moi, je ne voulais pas montrer l’ampleur de mon choc culturel au reste du groupe. Je voulais qu’ils croient que je suis une adulte. Une adulte qui peut se débrouiller seule. Si l’occasion c’était présentée, j’aurais pris le premier avion Yaoundé-Zurich Zurich-Montréal. Je me serais jetée dans les bras des mes parents en disant que finalement j’avais tellement tirée sur mon indépendance qu’elle venait de m’éclater au visage.
On me regarde à nouveau comme une enfant, les droits fondamentaux qui m’étaient accordés sans un mot à la maison sont ici une bataille à choisir de mener ou non. L’indépendance prend une nouvelle forme, ce n’est pas de pouvoir faire ce qu’on veut quand on le veut, mais bien de faire ce que l’on veut en sachant que je me ferai interpeller, agripper par le bras ou insulter.
J’ai beaucoup réfléchi, beaucoup lu et un jour je me suis rappelé les deux phrases qui guidaient à la maison chacun de mes gestes : Ne regrette jamais rien et Au jour le jour. Autour d’une bière (activité plus que fréquente à Biyem-Assi), j’ai finalement lâché le morceau : je trouve ça dur. J’ai fixé mes objectifs trop haut et j’en suis plus capable. Tout de suite le groupe m’a rassuré en me disant que pour eux aussi il y avait eu des petits moments plus dur que d’autres. Et c’est à ce moment que j’ai compris pleinement que la levée de fonds ne servait pas seulement à ramasser de l’argent, mais à développer un lien avec les autres stagiaires afin qu’ils deviennent mes nouveaux repaires.
Depuis, c’est vers eux que je me tourne quand j’ai un petit down, je ne m’empêche plus de prendre des nouvelles de mes proches au Québec. Je profite enfin de mon stage, je rencontre de nouvelles personnes chaque jour et je sais que j’ai fait le bon choix. Celui de vieillir à l’étranger. De fêter mes 21 ans, ma majorité internationale, au Cameroun.

3 commentaires ↓
ékiéééééé! quelle belle réflexion, j’ai des frissons!
tu me sembles à l’endroit que tu devrais être.
Mel
Bravo Mamyche, lâche pas. Le but premier du stage c’est le choc culturel… pour que tu reviennes ici et que les choses bougent. T’as réussis.
et j’espere que pour tes 22 ans ce sera aussi au camer xox
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